Mardi 13 mai 2008
J'étais de retour à Lyon le lundi matin très tôt, après avoir passé le week-end à soutenir Frank. Il était resté une semaine de plus pour veiller Fabienne, posant trois jours de congés sans solde et enchaîner avec le grand pont du 8 mai et de la Pentecôte. J'avoue que j'étais plutôt impatient de rentrer, d'une part car les discussions du week-end n'étaient certainement pas des plus réjouissantes, d'autre part parce que j'avais enfin mon premier rendez-vous avec Pierich, ma petite perle rare du moment.

Nous nous étions appelés deux fois au cours du week-end et ces coups de fil assez anodins m'avait conforté dans l'idée que Pierich était plus qu'une perle rare et qu'il était à deux doigts d'être le diamant Hope. Il m'avait demandé si Frank allait bien et m'avait glissé qu'il avait été un peu déçu qu'on ne puisse pas se voir plus tôt et qu'il avait l'intention de prendre en charge le choix du restaurant pour le lundi soir. De la compassion, de l'honnêteté et de l'initiative et dans mon souvenir, un physique à tomber par terre, que demander de plus? A bien y réfléchir, un peu plus de confiance en moi, car je commençais à stresser plus que de raison.

En fin d'après-midi j'avais invité Annabelle pour un apéritif rapide, qui était un prétexte pour me sortir de ce traditionnel stress de pré-rencard qui avait atteint un pic d'angoisse sévère. Je lui montrais différentes tenues pendant qu'elle sirotait un verre de vin blanc.
- Alors pas trop nerveux pour ton rencard avec Pierich avec un 'h'?
Au cours de notre premier échange téléphonique, il m'avait demandé comment s'orthographiait mon prénom pour le rentrer dans son téléphone et il avait ajouté un 'L' en trop. Moi j'avais échangé son 'h' avec un 'k'.
- Ecoute si je t'ai invité c'est à la fois pour ton sens de la mode et aussi pour qu'on ne le mentionne pas du tout, tu sais comment je suis avant un rencard. Bon, on ne t'a pas trop manqué ce week-end?
- J'ai vu un pote samedi soir qui était de passage à Lyon..
- D'accord, je vois!
Je lui montrais un tee-shirt noir :
- Trop triste. Et non non non, tu ne vois rien du tout, c'est juste un pote de Genève qui était en cours avec moi il y a trois ans. Très relou : il n'a pas arrêté de me draguer toute la soirée, style 'oh j'adore tes yeux', 'oh j'adore ton haut', 'oh j'adore ton bracelet'. Une véritable sangsue.
J'exhibais un polo flashy et elle soupira :
- Vive les années 80... Tu sais quoi, j'étais tellement à cran que je l'ai branché avec des filles dans le pub où il m'a traîné.
- Et ça a marché?
- Que dalle! Il m'a tellement déprimé que j'ai du simuler des douleurs 'de fille' pour pouvoir rentrer à la maison. Ca m'avait mis les nerfs à un tel point que j'ai vidé un pot de Nutella.
- Un entier??
- Nan un petit. Mais n'empêche!
J'enfilais un tee-shirt col v blanc.
- Nickel! Enfin, en tout cas j'ai bien pensé à vous. Et Frank, il va comment?"

Je lui répondais que je ne savais pas trop, je n'avais jamais vu Frank aussi perdu dans ses pensées. Pendant le reste du week-end il m'avait raconté beaucoup d'histoires sur son adolescence et sur sa mère. Il m'assurait qu'il allait bien et quand j'étais parti il m'avait sourit, mais son regard était ailleurs.

Une demie-heure plus tard, j'étais fin prêt pour mon premier rencard avec Pierich. Nous avions rendez-vous dans un bar sur les quais près des Célestins pour l'apéritif. Comme j'étais en avance, je m'étais déjà installé à une table et avait commandé une coupe. J'étais plus détendu que durant l'après-midi mais bientôt, une autre angoisse me saisit : je me demandais si l'attente n'avait pas enjolivé le souvenir de son physique ; même si nous ne nous étions pas rencontrés dans les conditions minima d'une boîte de nuit -euphorie du soir et lumière quasi absente- une déception était toujours possible.

Je regardais les gens passer à la terrasse. Je regardais ma montre en me disant que dans deux minutes, il serait en retard. Je regardais ma coupe. Je regardais les bulles monter. Je décidais d'en prendre une petite gorgée et c'est à cet instant qu'il franchit la porte. J'avalais tout rond mon champagne qui me picotait la gorge et descendait dans mon oesophage comme une boule de feu. Pierich était encore plus beau que dans mon souvenir. Je ne sais pas si c'était ses cheveux, ou ses lèvres, ou la façon dont il me souria quand il me vit à la table mais je me sentais cloué sur mon siège. Avec le recul, il manquait les violons, les petits oiseaux et un ange qui passait.

J'essayais de me reconcentrer et avoir l'air d'un être humain normal, ou du moins dôté de plus de 2 de Q.I. car en temps normal il m'était impossible d'être détendu lorsque j'étais en face d'une pareille bombe sexuelle : mon humour tombait à plat, je remuais toujours sur mon siège, ma conversation était affreusement banale (je me souviens que j'ai même dit un jour "t'as vu le temps, il est bizarre en ce moment", ce à quoi le mec avait répondu par un silence suivi d'un coup d'oeil derrière moi), bref j'avais l'impression d'en faire des tonnes.

Avec Pierich cependant, je fus très vite à l'aise. Il me demanda si j'attendais depuis longtemps, me dit qu'il était très heureux de me voir avec un sourire de tueur, commanda sa coupe, trinqua avec moi, me demanda des nouvelles de Frank et même d'Annabelle. Puis la conversation continua autour d'une deuxième coupe avec le même naturel, le même jeu de regards et de sourires. Pierich m'avait captivé et sa simplicité m'avait redonné confiance. Et la soirée continua au restaurant dans ce même esprit...

par LiAM publié dans : Me
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Mercredi 7 mai 2008
Nous marchions sur le port de Palavas-les-Flots avec Frank qui me racontait l'histoire de sa mère. Il était déjà plus de minuit et les pêcheurs à la sauvette s'installaient tranquillement sur les rochers. Nous nous asseyâmes près du phare.

Frank me donna peu de détails sur la maladie de sa mère. C'était un cancer des intestins qui avait métastasé de manière fulgurante. De ses longs séjours à l'hôpital, il gardait en mémoire de légères impressions, comme la vue misérable de la chambre sur le parking des ambulances, l'odeur médicamenteuse mêlée à celle de la mauvaise nourriture ou le sourire des infirmières. Et puis un matin très tôt, le téléphone sonna chez le papa de Frank pour lui annoncer que c'était terminé.

Tout en se protégeant du vent, Frank allumait une cigarette. Je restais un instant silencieux. Je n'avais jamais été confronté à un décès important dans ma famille et je ne pouvais qu'imaginer à moitié la souffrance de perdre un de ses parents. En face de nous, un pêcheur jeta un appât.

Au bout de quelques minutes, je lui posais la question qui me brûlait les lèvres depuis mon arrivée. Je n'étais pas sûr de mon tact, mais je préférais aborder ce point tout de suite :
- "Tu es sûr de vouloir revivre tout ça, l'hôpital, la maladie... avec quelqu'un... avec quelqu'un d'autre?"
Frank tentait de faire des ronds de fumée mais ceux-ci disparaissaient à cause du vent.
- J'avais presque oublié son prénom. Fabienne. Avant de la voir à l'hôpital, j'ai mis tout le trajet à me demander quel était son prénom, c'est fou non? Au début, je me suis dit que je n'allais pas y aller. Comme tu dis, j'ai déjà vécu ça avec ma mère. Fabienne, je ne lui dois rien, c'était juste quelqu'un qui était entré dans nos vies un peu comme ça. Et puis ce matin je suis allée la voir. Elle est assommée par les médicaments et paraît très fatiguée, mais elle est complètement lucide, heureusement. Je me voyais mal faire la conversation à un mur...
Son regard se perdit dans le vide. J'imaginais les derniers jours de la mère de Frank : lui, racontant sa journée d'ado ordinaire à sa maman dans le coma.

Puis il reprit avec un sourire :
- Quand je suis arrivé elle était très contente de me voir et m'a remercié au moins une bonne dizaine de fois.
- Tu ne m'as toujours pas dit de quoi elle souffrait...
- Elle aussi cancer. Des ovaires et qui s'est généralisé. Plutôt ironique pour une femme sans enfants. C'est une des premières choses qu'elle m'a dite : "C'est ma punition pour ne pas avoir participé au baby boom de ma génération!" Fabienne a toujours eu ce petit côté hippie féministe. Et puis on a beaucoup parlé, de ce qu'on avait fait, chacun de notre côté... ça a duré un bout de temps.

En face de nous, un pêcheur avait fait une petite prise. Au loin, on apercevait les lumières des bouées ou des bâteaux. Frank me dit alors qu'il avait compris pourquoi il était revenu auprès d'elle. Il savait que sa mère et Fabienne étaient autre chose que de simples amies et que d'un certain côté, il l'avait toujours su et que c'était pour ça qu'il était revenu.
- "Après je ne sais pas trop comment on peut appeler ça : amour platonique si on veut faire classe, alors que la réalité c'est peut être lesbiennes refoulées... mais bon, j'avoue que je m'en fous de savoir si c'était physique ou mental, l'important c'est que ma mère soit morte en sachant qu'elle aimait quelqu'un. Et que c'était réciproque."

par LiAM publié dans : Frank
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Vendredi 2 mai 2008
Il s'est passé tellement de choses ces deux dernières semaines que je ne sais plus par où commencer, d'où ce léger silence radio. Résumons un peu ce qu'il s'est passé : Frank m'avait demandé de descendre le retrouver dans le sud, suite à un coup de fil lui annonçant qu'une amie de sa mère qu'il avait perdu de vue était gravement malade. De mon côté j'avais rencontré ce qui semblait être le garçon parfait. Bien sûr, les choses allaient se compliquer bien plus que je ne l'aurais imaginé, mais reprenons plutôt l'histoire de Frank :

Il était plus de vingt-trois heures lorsque je me garais dans l'allée de la résidence des Jonquilles, à Palavas-les-Flots ce samedi-là. J'avais reçu un coup de fil urgent de Frank, qui avait besoin de ma présence suite au décès d'une amie de sa mère. Il m'attendait dans le jardin avec sa tante Sylvie, qui me servit un verre de rosé et partit dans la cuisine réchauffer un reste de ratatouille.
- "Je te remercie d'être venu tout de suite, il fallait vraiment que je parle à quelqu'un. En plus je sais très bien que tu as annulé ton rencard pour moi.
- Hé, ne t'inquiète pas il a plutôt bien pris l'annulation de dernière minute. Bon, toi, raconte-moi ce qui s'est passé.
"

Avant d'aller plus loin, je me dois de vous dire ce que je sais de l'adolescence de Frank, ou du moins ce qu'il a bien voulu me raconter dans les grandes lignes. A l'âge de quinze ans, la mère de Frank décéda d'un cancer généralisé foudroyant. L'enterrement se déroula sans encombres : éloges funèbres familiales écrites sur mesure, musiques classiques favorites de la défunte, cercueil fermé et couronne de fleurs de bon goût, à une exception près : le papa de Frank ne parla pas à la cérémonie. Certes, il était présent physiquement, mais il ne renda pas un seul hommage à son ex-épouse. Sa femme l'avait quitté trois ans plus tôt avec comme explication officielle "des mésententes insolvables entre nous, mais nous t'aimerons toujours Frank" : elle était partie de la maison familiale de la Garenne-Colombes et avait pris un petit appartement dans le onzième arrondissement de Paris. Voilà l'histoire telle que Frank me la décrivait.

- "Il y a toute une partie que j'avais un peu oubliée jusqu'à aujourd'hui et que je ne raconte à personne. Après le divorce, j'allais tous les week-ends chez maman..."
Sylvie revenait avec la ratatouille et un autre verre de rosé et Frank continua son récit : dès la séparation effectuée, sa mère se métamorphosa : elle retrouva l'appétit, s'achetait de nouvelles tenues, se maquillait de nouveau... et surtout Frank remarqua une chose : elle avait retrouvé le goût de rire. Peu importe ce qu'ils faisaient : cinéma, boutiques, longues promenades : ils passaient la majorité du week-end à rire.

Pour déjeuner le samedi midi, elle invitait fréquemment son amie Fabienne - une collègue fleuriste qui avait l'habitude des teintures rousses virant légèrement sur le rouge vif et qui pouvait parler littérature pendant des heures après un verre de vin en trop. Le dimanche, elle rejoignait Frank et sa maman qui avaient l'habitude de flâner au Père Lachaise. Fabienne avait toujours une anecdote intéressante sur les défunts célèbres. Lorsque Frank rentrait chez son père il ne racontait rien de son week-end car ce dernier faisait semblant de ne rien entendre lorsqu'il s'agissait de son ex-épouse. Frank se disait qu'il avait sûrement un peu trop de chagrin et que les choses étaient peut être mieux comme ça.

- "Ca te dit de marcher un peu? On peut aller vers le port."
Un vent frais s'était levé mais j'acceptais avec plaisir car le trajet en voiture m'avait complètement engourdi. J'enfilais une veste et remerciait Sylvie pour le dîner.
- "Donc si je comprends bien, Fabienne faisait un peu partie de la famille puisque tu la voyais tous les week-ends.
- Oui, tu peux dire ça comme ça, mais elle n'essayait pas de prendre la place de qui que ce soit et ne me posait jamais de questions gênantes. Tu sais, le style qui te met mal à l'aise quand t'es ado. C'était un peu une tante-copine, ou grande cousine sympa."

La parfaite photo de famille, avec le côté recomposé pour être honnête et post-moderne.
Et puis, la maladie rongea le corps de la mère de Frank.

par LiAM publié dans : Frank
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Dimanche 20 avril 2008
Après une rencontre avec un garçon en soirée, je possédais un moyen infaillible pour cerner le je ne sais quoi qui distinguait les petits amis potentiels des coups d'un soir : le premier rendez-vous au restaurant. C'était un peu old school, mais je m'accrochais à l'idée que tout se jouait au cours d'un entrée-plat-dessert. Je n'avais pas de listes spéciales sur les choses qu'un mec devait faire ou ne pas faire, mais j'étais sensible sur les critères suivants :
Si un garçon boit autre chose qu'un Coca et commande un bon verre de vin, c'est un bon point. S'il commande du champagne, c'est un bonus non négligeable. Le choix de son plat m'importe peu, à condition que je puisse goûter dans son assiette et vice-versa. L'égoïsme se vérifie aussi dans les assiettes : je me méfie des mecs qui terminent leur plat sans même proposer une petite bouchée. Quant à l'addition, selon mon humeur je peux très bien me laisser inviter ou l'inverse, du moment que le sketch de la division ne pourrit pas la soirée. La touche finale : un joli pourboire et un savoir-vivre affiché avec le serveur prouve que le mec est poli et bien élevé. Bien sûr, tout ça ne fait pas un rencard réussi mais peu de mecs franchissaient ces étapes.


J'allais donc appliquer ce petit test à mon nouveau chouchou du moment : Pierich, rencontré au bowling la veille et avec qui j'avais échangé quelques SMS gentillets et un peu dragueurs. J'avais hâte qu'il transforme l'essai de notre rencontre : il était charmant, sexy, de la conversation avec sens de l'humour - une denrée rare que je n'étais pas prêt à laisser filer. Je lui avais donné rendez-vous à 20h le soir dans le Vieux Lyon, où j'avais réservé dans un excellent restaurant, même si j'avais bien failli ne pas avoir de table. Pierich avait été enthousiaste à l'idée d'un dîner en tête à tête et j'étais aux anges, car cet enthousiasme variait chez les mecs à qui j'avais proposé le test du restaurant- je me souviens d'un rencard il y a deux ans autour de milshakes à la fraise au McDo Ampère.

Je commençais à paniquer dès 18h30 : je me demandais si je portais un tee-shirt ou une chemise et il ne me restait plus de parfum. Je fouillais désespérément mon placard à la recherche d'une paire de chaussures qui passait pour quasi neuve quand mon téléphone sonna. C'était Frank, qui était parti plus tôt de notre soirée bowling après avoir reçu un coup de fil d'un de ses plans du moment : Jo, dans la marine et en permission ou Nico un saisonnier rencontré aux Deux Alpes.
Je décrochais :
"- Service après vente des célibataires bonjour, que puis-je faire pour vous?
- Salut, c'est moi.
- Tu tombes bien je suis dans des considérations esthétiques pour ce soir : tu crois que je devrais mettre un tee-shirt ou une chemise? J'ai pas envie de faire trop guindé mais en même temps vu le temps qu'il fait... A moins que je me rabatte sur un manche longues.. Ah, et puis tu pourrais passer chez moi et me prêter du parfum je suis à court?
- Je peux pas là, je suis désolé
- Bon c'est pas grave, au fait hier soir c'était Jo ou Nico?
Silence.
- Allô t'es là?
- En fait, je suis pas à Lyon, je suis dans l'Hérault. Hier soir j'ai reçu un coup de fil d'une infirmière qui cherchait ma trace depuis longtemps. Une amie de ma mère est à l'hôpital. Mourante.
La maman de Frank était décédée il y a une dizaine d'années. Il en parlait peu avec nous mais j'étais surpris qu'il garde contact avec son entourage. Tout d'un coup mon dilemme cornélien entre chemise et tee-shirt me paraissait dérisoire.
- Je suis désolé Frank, je peux faire quelque chose pour toi?
- A vrai dire, ça me gêne un peu de te demander ça, mais j'aimerais bien que tu prennes quelques affaires chez moi et que tu me rejoignes. Je loge dans la maison de ma tante à Palavas."


Le timing était on ne peut plus mal choisi, mais lorsqu'il était question de la mort, il n'y avait jamais de bons moments. J'enfilais un pull, mit à la va-vite quelques affaires dans un sac et passa deux coups de fils : le premier au restaurant pour annuler ma réservation et le second à Pierich. Il était 18h50.
- "Pierich, salut, c'est moi.
- Salut, tu vas bien?
- Ecoute, pour ce soir, j'ai un énorme empêchement de dernière minute. Tu te souviens de Frank?
- Oui bien sûr.
- Une ami de sa mère est mourante et je dois descendre dans le sud pour le rejoindre. Je suis vraiment désolé.
Silence. Soit il pensait que c'était un gros mensonge, soit il serait un garçon compréhensif. Je priais pour la deuxième option.
- OK... ça a l'air grave d'après ce que tu me dis.
- Oui, Frank ne m'aurait jamais demandé de venir si ce n'était pas important. Sa mère est décédée il y a dix ans, je pense que ça doit lui rappeler des mauvais souvenirs.
- Tu sais quand est-ce que tu vas rentrer?
- Je ne sais pas du tout, mais je bosse lundi, donc ça sera lundi au plus tard.
- OK bon je tache pas que je suis un peu déçu, mais j'espère qu'on remet ça dès que tu reviens.
Ouf, garçon compréhensif.
- Appelle-moi pour me donner des nouvelles ce week-end et puis tu diras à Frank que je pense bien à lui, pour ce que ça vaut.
- Sans problème, je t'appelle quand j'arrive. Je t'embrasse, à plus."


Dans ma voiture, alors que je m'engageais sur l'autoroute A7, je pensais à Pierich.
Il avait déjà gagné une bonne partie de ma confiance en accordant du respect à la peine d'un de mes amis. Et ce n'était pas quelque chose que j'aurais pu voir dans un restaurant.
par LiAM publié dans : Me
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Mercredi 16 avril 2008
Tous les vendredis soirs ou presque depuis le début de l'année, Annabelle, Frank et moi-même avions l'habitude de nous rendre dans un petit bar au coeur de la presqu'île pour une routine cocktails d'happy hours, musique lounge et débriefing de la semaine.

Vendredi dernier, après deux ou trois cocktails de trop, je lançais l'idée de changer nos habitudes pour une autre atmosphère. Je commençais à m'ennuyer des mecs en costards guindés, de la musique branchée et des alcools bien dosés. Tout ça manquait de fun. A nous trois nous dépassions à peine les 75 ans et nous aurions tout le temps du monde pour les discussions de salon.
"- Ce qu'il nous faudrait, c'est un truc vraiment différent, genre aller voir un match de hockey dans un pub!
Annabelle émit son véto :
- Ecoute je t'aime beaucoup mais de la despé et du sport sur grand écran, c'est vraiment au-dessus de mes forces.
- Mouais, t'as raison, mauvaise idée. En plus le dernier pub où j'ai été les tables collaient tellement que mes bras ont subi une épilation partielle.

Frank fit remarquer que les mecs dans les bars de sports étaient sexes et je devais trouver un plan B rapidement où nous échouerions dans un pub sans Annabelle avec Frank qui détaillerait les culs de tous les hétéros. Il me vint alors une idée lumineuse :
- Je connais l'endroit parfait pour nous!"


Le vendredi suivant, nous étions dans le temple des cocktails moins chers qu'à n'importe quelle happy hour de la ville, de la musique en direct de la boîte de nuit locale et des chaussures de location : le bowling du huitième.

"- Je te préviens tout de suite, on ne fait qu'une partie, car je vais avoir du mal à porter des chaussures de clowns plus d'une demie-heure."
Frank venait d'acheter une nouvelle paire de sneakers importée d'Italie et les laisser au vestiaire parmi d'autres paires communes le mettait hors de lui. Annabelle quant à elle se réjouissait de se retrouver sur la piste et par chance, n'avait pas les ongles trop longs.
- Allez, fais pas la gueule, c'est sympa, j'étais souvent fourré au bowling quand j'étais ado.
- Je te rappelle que ton adolescence date du siècle dernier. Et ces chaussures aussi."


Après une heure d'attente arrosée de cocktails à six euros et de pintes de blondes à cinq, mon petit trio se rendait piste huit pour commencer une partie. Frank ne semblait pas particulièrement plus détendu qu'à notre arrivée et pour cause, la dernière fois qu'il avait joué au bowling remontait dix ans en arrière avec ses petits cousins qui l'avaient battu avec un écart d'une centaine de points. Frank avait été tellement humilié qu'il avait failli en vomir. L'histoire était maintenant racontée par sa tante au bout du troisième Chardonnay à tous les repas de famille.

Pour le remettre un peu confiance, Annabelle lui réexpliquait les règles de base : la distance pour son lancer, le décompte des points et la façon dont bien tenir sa boule.
- "Ton index et auriculaire doivent être de chaque côté des trous. C'est ton majeur et ton annulaire qui soutiennent le poids.
- C'est bien la première fois qu'une fille t'explique comment tenir une boule en main!"

J'attribuais cette blague à ma troisième pinte.

A notre droite piste sept, un jeune homme très charmant et qui devait écouter la conversation se retourna et me sourit. Il avait des lèvres roses parfaites, des cheveux légèrement en bataille et un tee-shirt gris à manches longues qui laissait deviner un torse bien dessiné. Trois jeunes filles l'accompagnaient.
C'était bien une première, se faire draguer dans le temple de l'hétérosexualité sous fond de techno pourrie avec une pinte à la main.

Frank se mit sur la piste, il étudia d'un oeil sa distance, puis lança la boule avec un effet involontaire qui la fit atterrir dans la rigole. Annabelle et moi l'encouragions, puis au deuxième lancé il parvint à faire tomber quatre quilles.

- Allez c'est pas mal pour une première.

Annabelle se leva, prit une boule notée sept, jaugea sa distance, prit son élan et effectua un lancé quasi parfait.
L'écran afficha "STRIKE!" et j'applaudis vivement. Je m'inclinais devant elle quand elle rassit et prit ma boule. Je dégommais la moitié des quilles et fit un spare pour mon deuxième lancé. Je me rassis et je regardais l'écran de la piste sept pour trouver le prénom du jeune homme au tee-shirt gris : il s'appelait Pierick. Ce dernier lança de façon très peu assurée sa boule qui termina dans la rigole. Il revint vers ses amies avec une mine gênée. Je trouvais son petit air désolé très mignon.

Il se rassit à côté de moi sur le fauteuil central et me dit que c'était la première fois qu'il jouait et qu'il avait été traîné par ses copines de la fac qui avait l'habitude de venir ici tous les vendredis. Je lui racontais que pour notre part, c'était plus une virée qu'une habitude. Il leva les yeux sur notre écran des scores et me demanda pourquoi nous avions pris comme pseudos Gary, Robbie et Mark. Je lui disais que c'était une private joke qui courait depuis longtemps et que l'histoire était un peu longue à raconter et il me dit :
- "Perso j'ai jamais aimé les Take That, pour l'époque je préférais les MN8.
Il était cultivé en plus d'être sexy. Bon ok, cultivé sur les boys band certes, mais c'était un début : la pop culture valait mieux que pas de culture du tout. Je répliquais avec un sourire :
- Le seul intérêt des MN8 c'était leurs caleçons blancs et le fait qu'ils étaient tout le temps torse nus! Question talent, c'était pas vraiment ça.
Il se mit à rire, puis l'air de rien, il posa la question qui transforme une rencontre de soirée en une rencontre plus qu'amicale :
- Le mec qui joue aussi bien que moi, c'est ton copain?"
Frank, qui venait de toucher seulement deux quilles, affichait un air désespéré quand il revint vers nous et lâcha :
- "Je suis pas son mec, pitié, le mien n'aurait jamais l'idée d'aller au bowling."

Je fis les présentations et Frank sortit son téléphone, regarda curieusement l'écran, s'excusa et répondit en s'éloignant. Annabelle, qui jouait du coup pour nous deux, enchaînait strike sur strike. Pierick et moi discutâmes jusqu'à la fin de la partie et échangions nos numéros de téléphone. C'était la rencontre parfaite : il était mignon, charmant et avait plus de trois mots de conversations. Notre relation avait démarré sur un très bon lancé. J'espérais qu'avec un peu d'effet, nous pourrions faire un strike.
par LiAM publié dans : Me
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Samedi 5 avril 2008
La semaine dernière je me suis frotté à un exercice aussi réjouissant que pénible : la réunion d'anciens élèves de mon lycée. Je recevais tous les ans une lettre rédigée par mes anciens délégués de classe avec l'accroche un brin communiste suivante "Retrouvez vos anciens camarades!" en typo Comic sans MS, ce qui rajoutait un caractère d'autant plus cheap à l'invitation. Mais cette année Annabelle et moi qui avions partagé la même classe de terminale littéraire, décidâmes de prendre des nouvelles de nos anciens camarades. Pas vraiment en souvenir du bon vieux temps, mais plutôt par curiosité légitime qui découlait à l'envie d'une virée hors de Lyon.

Sur le trajet de notre ancien bahut, nous imaginions déjà ce qui pouvait nous attendre : les murs plus petits, la prise de poids des trois Barbies (nos teenages poufs favorites), les métiers ou orientations farfelues de chacun et surtout ce qu'était devenu Benjamin, le beau gosse de notre classe.

A ce stade de l'histoire je me dois de faire un spoiler alert ; un paramètre important pour la suite et que je ne savais pas avant cette soirée : Annabelle était à l'époque maquée jusqu'aux dents avec un choupidou d'amour prénommé Victor dont elle espérait pouvoir un jour être la Victorette - alors qu'en réalité la belle en pinçait pour Benjamin, mais admettre ces sentiments était se condamner à être comme les trois Barbies : glousser à chacun de ses passages dans les couloirs ou écrire son nom au blanco sur son agenda, et ça, c'était plus qu'inacceptable.


La soirée était organisée au réfectoire de l'établissement et on ne pouvait pas faire plus cheap. Le buffet n'était même pas composé du pack minimal de réception, le "tartes salées gâteaux apéro" mais des restes de midi : crudités en vrac (chou-fleur en masse), gratins réchauffés dont la sauce coule de l'assiette en carton et yaourts plus que douteux. Lorsque je me demandais à Daniela mon ancienne déléguée si on pouvait se ratrapper sur les boissons, elle me dit qu'elle avait ramené de la bière et de la limonade maison pour pouvoir faire "des supers panachés trop bons."

Nous étions définitivement revenu au lycée.

Pendant l'heure suivante, je perdis de vue Annabelle et je conversais sur les cursus universitaires et autres boulots un peu foireux avec des gens dont je ne me souvenais même plus le nom de famille, le tout entrecoupé de quelques panachés. Je sortis fumer une cigarette roulée donnée par Yoan, le parfait hippie qui n'avait pas changé d'un poil (il avait même une bonne longueur de cheveux en plus) et je me retrouvais coincé face à face avec une des trois Barbies.

Ophélie (ça ne s'invente pas) était le symbole même de la teenage pouf à l'esprit vide mais au soutien-gorge bien rempli et lorsqu'elle me vit elle me gratifia d'un "Oh Lilian ça fait trop longteeeeemps" avec en bonus un claquage de bises sonore. Je lui rendis mon plus beau sourire Colgate en me demandant ce que j'allais bien pouvoir lui dire, questionnement qui fut vain puisqu'elle se lança dans un long monologue. Après son BAC en poche elle se décida à faire une prépa pour Sciences Po malgré son QI de bulot : elle échoua lamentablement et partit un an à Barcelone pour une année sabbatique. La conversation prit un ton plus intéressant quand elle fit mention de Benjamin.

- "Ah oui et puis j'ai vécu une géniale histoire d'amour avec Benji il y a deux ans.
- Benji? Le Benjamin de notre classe?
- Ouais, c'était comme dans les films, j'étais serveuse à Barcelone et il venait me voir dès qu'il avait une escale. C'était géniaaaal."

Ophélie avait tendance à enjoliver les choses - il était possible qu'ils se soient vus une dizaine de fois, mais de là à parler d'une histoire d'amour, j'en doutais. Ce qui était certain c'était que Benjamin avait choisi un métier qui lui correspondait parfaitement. Je me souvenais de lui comme un play-boy : il avait du emballer plus de la moitié des filles de notre section, mais toujours avec une certaine classe, les ruptures se déroulaient en douceur et aucune de ses conquêtes ne l'avaient traité de salaud - ce qui était déjà une marque d'un service à la personne attentionné. Ophélie gardait de très bons contacts avec Benjamin car ils étaient tous les deux célibataires et plutôt heureux de l'être. L'engagement n'était clairement pas à l'ordre du jour.

Après une autre heure à résumer les sept dernières années qui me séparait du lycée à ce qu'il fallait décrire comme des inconnus, je me décidais à rentrer. Je rejoignais la voiture et m'aperçus qu'Annabelle était déjà sur le parking et qu'elle discutait avec Benjamin. La conversation ne semblait pas intime et je m'approchais d'eux en le saluant. Nous échangeâmes des politesses et il partit, tout en disant avec un sourire de tombeur à Annabelle "je t'appelle".


Nous montions dans la voiture. Annabelle affichait un sourire satisfait et des yeux brillants. Elle était encore sous le charme. Je lui demandais de quoi ils avaient parlé avec Benjamin et elle m'avoua qu'à l'époque du lycée, elle était follement amoureuse de lui et qu'elle l'avait recroisé à Berlin il y a trois ans et qu'il avait promis de la rappeler pour aller boire un verre (ce qu'il n'avait pas fait) et que c'était pour lui que nous étions à cette soirée d'anciens élèves. Elle me dit qu'ils devaient se revoir le lendemain sur Lyon pour dîner.

- "J'arrive pas à croire que je vais enfin avoir un rencard avec Benjamin! Je suis trop contente! En plus il est toujours aussi mignon, t'as vu ça?
- Oui oui...
- J'espère que ça va bien se passer demain, il m'a dit qu'il m'emmènerait dans son restau préféré, un coréen qui fait barbecue.
- Ah, c'est sympa...
- Dis donc toi t'es pas très causant ce soir, c'est le panaché qui te fait mal au ventre?"

Je savais très bien qu'Annabelle attendrait plus qu'une simple escale coréenne avec Benjamin et j'étais obligé de lui dire qu'il ne voulait rien de sérieux, mais ça faisait très longtemps que je ne l'avais pas vu aussi emballée par un rencard et après tout peut être qu'une nuit lui convenait Je lui posais donc la question suivante :
- "Benjamin t'a dit ce qu'il faisait dans la vie?
- Euh, non pas vraiment il m'a dit qu'il avait pas mal de déplacements à l'étranger, je sais pas trop, on a beaucoup parlé de moi en fait, il me posait plein de questions, c'était un petit ange."

Crash.
Je me refusais à révéler qu'une des Barbies avait fricoté avec Benjamin, mais j'étais obligé de dire la vérité. Le playboy était peut être très beau aujourd'hui, mais il avait plus de charme au lycée.

Je démarrais la voiture.
- "Bon, je vais te dire un truc pas très drôle. Pour commencer, attache ta ceinture."
par LiAM publié dans : Annabelle
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Jeudi 27 mars 2008
Pour vous présenter Frank rapidement, je pourrais vous énumérer ce qu'il appelle le tiercé gagnant (méthode pour présenter en trois points une personne d'une manière très efficace) :

1) Frank a un placard entier rempli d'une centaine de baskets
2) Frank change aussi souvent de mec que de baskets
3) Et surtout, Frank aime le jeu.

Si la moitié de la paye de Frank s'envole en fumée pour des sneakers -les collectors, les chinages sur Ebay et parfois même des virées à la capitale ou à Londres pour trouver LA paire- l'autre moitié part dans un budget jeux. Attention, je ne parle pas de jeux d'argent, Frank n'étant pas un de ces nouveaux accros au Walter Texas Poker trucmuche, je parle de jeux de société ou plus précisément des jeux de plateau et jeux de cartes en tous genres.

Quand vous passez une soirée chez Frank, il est impossible d'échapper à une partie de jeu de société, bien évidemment entrecoupée du récit de nos dernières frasques. Si vous le voyez sortir une boîte plus grosse que la table basse avec des pions dissemblables et dix paquets de cartes différentes, alors la concentration est de rigueur et la soirée peut s'annoncer très longue. Pour une soirée plus détendue, il sort régulièrement le jeu le plus basique du monde, à savoir son jeu de cochons.

Le jeu est constitué d'adorables petits cochons en plastique que l'on lance comme des dés pour constituer des figures : s'il atterrit sur le groin, la figure "groin-groin" rapporte dix points, sur la bajoue, la figure rapporte quinze points, etc... Par contre si les cochons se montent dessus d'une quelconque manière que ce soit, cette figure bien nommée "bon jambon" annule tous les scores.


Nous voilà donc munis de nos cochons en plastique pour une partie endiablée, qui n'était bien sûr qu'un prétexte pour se raconter nos vies depuis les deux semaines où nous ne nous étions pas vus. Les comptes-rendus de Frank font passer les sommaires de Têtu et de PréfMag pour des J'aime Lire et pourtant ils sont véridiques.
Ainsi, j'apprennais que Frank avait en deux semaines : fait un plan à trois pour la vingt-quatrième fois (ou vingt-deux, car deux fois ne comptaient pas vraiment vu que c'était une partouze), acheté des sneakers pour 250 € à Paris et les a oublié dans le TGV, trompé son mec du moment avec le beau-frère de ce dernier, essayé pour la troisième fois le sexe sous X avec le beau-frère en question (ce qu'il m'a finalement déconseillé pour le lendemain, ingérable) et vendu trois paires de sneakers sur Ebay pour 300 € ce qui remboursait finalement la paire perdue.

"Bajoue, 15 points."
Lorsque vint mon tour de raconter mes deux dernières semaines, je ne trouvais rien de mieux à lui dire qu'une fontaine à eau au boulot fuyait et avait failli électrocuter le réparateur et que cette même fontaine ne produisait plus d'eau chaude après la réparation. Devant le seul bruit des cochons roulant sur la table basse, je rajoutais que notre comptable avait manqué trois jours suite à une angine blanche, que mon Mac faisait des bruits bizarres dès que j'insérais des DVD gravés R+ et que j'envisageais peut être de me laisser pousser les cheveux.

"Groin-groin, 10 points."
Frank nous servit deux verres de blancs, puis me dit d'un ton plus que sérieux que ma vie était aussi trépidante qu'un épisode de Derrick et qu'en tant qu'ami fidèle il ne pouvait se résoudre à voir quelqu'un de son entourage parler avec peu de conviction de l'angine blanche de sa comptable ou de considérations métaphysiques capillaires. Il affirma que mon principal problème était que je n'étais pas un joueur et que dans la vie, les choses n'arrivent que si l'on mise. Plus on mise gros, plus on gagne! était sa devise. Je sentais venir le MEV (monologue explicatif de la vie) gros comme une maison :

"Trotteur, 5 points."
"Le problème ce n'est pas que tu réfléchis trop, au contraire, tu ne réfléchis pas assez. Quand tu passes plusieurs mois à ne rencontrer personne ou à ne coucher avec personne c'est que tu ne mises pas ce qu'il faut quand il faut. N'aie pas pire de t'engager dans le jeu : au pire, tu perds ! Mais tu ne seras pas le premier, ni le dernier. Le perdant c'est de toute façon celui qui ne joue jamais. Donc, ce que je veux te faire comprendre c'est que si tu réfléchis correctement à tes atouts, tu ne peux pas perdre, c'est mathématique. Les relations, c'est un peu comme un casino, sauf que dans la vie, tu as le droit de compter tes cartes. Alors si tu es un bon joueur, la banque perd quasi tout le temps."


Bon, c'était bien joli-joli toute cette métaphore sur le jeu ou plutôt sur le fait que je ne suis pas un joueur très expérimenté, mais je rajoutais que les meilleurs donneurs de leçon étaient souvent les plus beaux et là dessus Frank tenait le haut du pavé (sortir avec lui était synonyme de passer pour l'homme invisible). Après tout il est beaucoup plus facile de crâner après avoir gagné une partie si on a déjà une main en or.

Cependant, l'idée de jouer au jeu de cochons avec Frank tous les dimanches alors que je pourrais les passer dans les bras d'un mec pour un tout autre jeu de cochons provoqua en moi un sentiment d'urgence nécessaire. Le week-end prochain, je me fixais comme objectif d'avoir un numéro de téléphone. C'était une petite mise, mais on ne replongeait pas dans le jeu tête baissée d'un coup en misant tout, car ce n'est pas la banque qui allait sauter, c'était ma tête.

"Bon jambon - partie nulle."
par LiAM publié dans : Frank
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Jeudi 20 mars 2008

Ces dernier temps, je me pose la question de savoir pourquoi ma vie sentimentale est un véritable désastre, ou plutôt un véritable désert. Bref rappel des faits et des personnes des six derniers mois : Bertrand, renommé affectueusement pot-de-glue ou SMStalker et un acte manqué avec un garçon (dont je vais vous parler un peu plus tard). Pas glorieux.

La question du célibat est l'objet de fréquentes discussions avec mes amis, qui ont chacun une théorie bien à eux. Ainsi, pour Frank, ma traversée du désert n'était ni plus ni moins que la preuve irréfutable de l'existence de l'Effet Papillon : cette théorie du chaos développée par des philosophes et scientifiques qui soutiennent, grosso modo, qu'un battement d'ailes de papillon au Mexique puis conduire à une tornade au Texas.

Mon battement d'ailes à moi était ma rupture avec mon ex où j'ai littéralement pris mon envol pour reprendre mon indépendance et a débouché sur des catastrophes sentimentales en série qui ont ravagé complètement mon habilité à me rendre heureux.

"Après le chaos, vient la reconstruction. "
Oui, mais quand on a les outils, on a pas forcément les plans...


Pour Jérôme, la question de la théorie du chaos n'existe pas. D'un caractère plus manichéen et moins dans la progression, il expliquait toutes les choses par l'Effet Boomerang . Une action entraîne ainsi une réaction, dont la valeur positive ou négative se mesure à l'état d'esprit dans lequel où on se trouve au moment de celle-ci. Pour lui cette théorie s'appliquait parfaitement à mon acte manqué avec David, un garçon que j'avais rencontré deux mois auparavant.

Lorsque j'ai rencontré David au cours d'une soirée avec des amis, c'est une litote de dire que je ne l'ai pas apprécié plus que ça. Je le trouvais prétentieux, mal habillé, faux beau-gosse et par-dessus tout atteint d'une diarrhée verbale incontrôlable. Quelques jours plus tard je le recroisais en soirée : mon inconscient frôlait l'hystérie collective lorsqu'il me prit la main pour me dire bonjour et me dire combien il était content de me voir tandis que ma personne souriait poliment en pensant que je devais vite me trouver un échappatoire pour ne pas avoir à faire la discussion de comptoir. Cette partielle schizophrénie cachait le premier effet boomerang avec David que Jérôme expliqua le plus simplement du monde : "Action > 1ère rencontre, rejet total // Réaction >> 2ème rencontre, kif total ."

Effectivement, je ne l'avais vraiment pas vu venir.

Quelques semaines plus tard, Jérôme me demanda par SMS comment évoluait les choses avec David et je lui répondis qu'il ne se passait rien à part quelques échanges téléphoniques polis pour se rencarder à des soirées et que ce coup de coeur de ma part allait rapidement se dissiper, ce qui le conforta encore plus dans sa théorie de l'effet boomerang : "si tu ne fais rien, tu n'auras rien en retour ." Je lui répondis "merci d'enfoncer des portes ouvertes." puis "dimanche c'est son anniversaire, tu crois que je l'appelle? " sauf qu'à l'instant où je sélectionnais Jérôme dans mon répertoire pour lui envoyer ce SMS, mon inconscient décidément farceur me fit sélectionner David. Je criais un "non" de désespoir et tenta vainement d'annuler l'envoi. Deux secondes plus tard, je recevais l'accusé de réception.

L'effet boomerang ne tardit pas : le lendemain je reçus un texto de David qui me dit "bien joué! j'espère que t'as un peu honte, ou que tu te sens coupable. " Je ne sais quel sentiment prédomine mais mon coup de coeur se dissipa à la vitesse d'un battement d'ailes de papillon. Je lui renvoyais "Ca arrive à tout le monde et ça prouve que quelqu'un pense à toi pour ton anniversaire. "


Chaos ou boomerangs, à chacun ses partisans et pour ma part, je n'y vois qu'une vérité dans les deux : peu importe le cheminement des catastrophes qui nous retombent dessus, le tout est de savoir les gérer avec plus ou moins de classe.

par LiAM publié dans : Me
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Mardi 11 mars 2008
Hier, je recevais un SMS de Annabelle.
Celui-ci disait : "Gros pépin. Apporte le kit de survie. Chez moi, 20h."

Depuis que l'on se connaissait Annabelle et moi, nous avions établi un kit de survie à utiliser en cas de détresse amoureuse sévère. Il se composait d'une bouteille de Get 31, d'un pot de Dulce de Leche de Häagen-Dazs et la dernière copie de Vogue Italie. Le tout ne s'utilisant pas nécessairement dans cet ordre.

Je débarquais chez elle et constatait le désastre : une cinquantaine de Vogue Italie étaient éparpillés sur le sol avec des post-it marquant ses shootings favoris. Une bouteille de vin rouge était déjà bien entamée et Annabelle dansait les yeux fermés en écoutant à un volume sonore plus qu'incorrect She works hard for the money de Donna Summer.

She works hard for the money
So hard for it honey
She works hard for the money
So you better treat her right

Je baissais la musique. Annabelle ouvrit les yeux : elle avait du mascara étalé autour. Je lui montrais le kit de survie en souriant et nous nous installâmes sur le canapé, en poussant deux ou trois Vogue. Je nous servis deux verres de Get 31, trinquâmes et je la laissais commencer son récit :
"- Ca a commencé hier après-midi, je rentrais chez moi après avoir passé la nuit chez le type du bar de l'autre jour qui m'avait rappelé. Je me suis assise sur mon canapé, j'ai allumé la télé et je suis tombé sur Vidéo Gag et là ils ont diffusé l'extrait avec tous les animaux. Je déteste cette émission, les rires enregistrés, les voix off pas drôles et le mec qui présente avec son air benêt.
- Celui qui vient de la météo?
- Ouais, enfin tu vois le tableau, le dimanche aprèm qui fait mal. A un moment ils ont diffusé un extrait d'une minute avec un chat qui n'arrivait pas à sortir d'une baignoire remplie à ras bord. Le pauvre, il était tout mouillé, on aurait dit un rat et il n'arrrêtait pas de glisser en accrochant ses pattes sur le bord. Je ne sais pas ce qui m'a pris mais ça m'a foutu la mort. J'étais en colère, je me demandais comment ils pouvaient mettre ça dans Vidéo Gag. Je te jure, les rires, la voix off merdique qui disait "Ah, chat ch'est pas fachile! Faut ch'accrocher! Quelle vie de chat!" avec le chaton qui tombait et retombait... et après c'était la fontaine.
- Quoi, le chat dans une fontaine?
- Non, moi! J'ai chialé comme un bébé pendant dix minutes.
"

Je regardais Annabelle droit dans les yeux et vit qu'elle était sérieuse, l'affaire du chat dans la baignoire l'avait vraiment secoué, ce qui est plutôt drôle quand on pense qu'elle militerait presque pour le retour de la fourrure véritable.

Je descendis d'un trait mon verre de Get 31 et lui demanda ce qui s'était clairement passé avec le type du bar et elle me répondit qu'ils avaient passé une soirée tout ce qu'il y a de plus classique : restaurant, boîte branchée et rentrés tôt pour petite partie de jambes en l'air.

"- Alors je ne comprends pas, tu es rentrée chez toi, tranquille, après avoir passé une très bonne soirée, tu te poses devant la télé et tu chiales à la vue d'un chat? Dans une baignoire?
- Et ben tu vois c'est exactement ça le problème : je suis rentrée chez moi toute seule, je me suis posée devant la télé toute seule en regardant une émission de merde toute seule.
"

On y était. Le fameux virus de la solitude insupportable avait gagné Annabelle. Tout ça pour un foutu chat.
"Je sais ce que tu penses, j'ai complètement perdu la foi. Je devrais me dire que je suis jeune, belle, que tout est possible, que je vais rencontrer un mec bien... Mais le truc c'est que je n'y crois plus au mec bien. Je crois à peine au mec lambda et encore, si tu as de la chance. Tu vois dans mes plans de vie, j'aurais du me marier il y a deux ans et avoir rencontré le mec parfait il y a trois ans (c'est raisonnable pour planifier un mariage). Je devrais avoir un super boulot, un super appart et j'ai que dalle. Niet. J'enchaîne des mecs insipides comme si j'enfilais des perles.
- Mieux vaut enfiler des perles que des boules de Geïsha!
"

Fou rire et quelques Get 31 plus tard, je comprenais le fondement de sa déprime féline. Après tout la vue de mon ex samedi dernier avec ce qui semblait être son nouveau mec m'avait brisé le coeur. Je n'avais rien dit à personne, car j'avais peur d'avouer que mon ex que je n'avais pas vu depuis des mois m'avait fait du mal, de nuit et à trente mètres de distance. C'était encore lui donner trop de crédit à ce salaud.


Après avoir fini notre bouteille, je lui dis qu'elle s'en sortait bien, pour quelqu'un qui pleure devant un chat dans une baignoire. Que c'était incongru, mais pas désespéré. Que bien des filles se contenteraient d'avoir déjà un mari en se mentant d'avoir rencontré l'homme parfait et que cette force de caractère paierait un jour, lorsqu'elle croiserait quelqu'un qui saurait la reconnaître pour ce qu'elle est.

Je remis la chanson "She works hard for the money" sur la chaîne en poussant le volume à fond et je l'invitais à danser façon gentleman. Elle me sourit, prit la main et nous nous sommes mis à chanter à tue-tête jusqu'à la dernière note

"She works hard for the money so you better treat her riiiiiiiiiiiiiiiiight."
par LiAM publié dans : Annabelle
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Lundi 10 mars 2008
Nous en sommes en l'an 2000.
Le monde entier se prépare à un nouveau millénaire : Internet pointe le bout de son nez dans les foyers, mes premières sorties en boîte sont rythmées par Fischerspooner et les tee-shirts et les coiffures sont argentées comme pour signaler l'avènement d'un monde futuriste.

Et pourtant au milieu de cette effervescence de technologie, je découvrais cette année-là une vieille méthode de protection nommée bouclier.

"Cache-moi, il arrive!" est certainement la phrase que j'ai entendu le plus lors de mes premières sorties. Mes amies restaient bien planquées près de moi devant les mecs de vingt ans alcoolisés. Je les sauvais d'un tripotage malheureux et de conversations aussi évoluées qu'une bactérie primitive du début de l'humanité.
D'une certaine manière j'appris toutes les stupidités à ne surtout pas dire lors d'un premier contact en soirée :
"Je t'ai jamais vu ici tu viens souvent?"
"Si tu veux après on pourra faire un tour tous les deux dans ma Punto (sic)"
"J'te jure que t'es tellement belle que même ma copine a côté elle est moche (resic)"

J'étais le gardien de ces jeunes demoiselles en détresse : un simple contact de la main suffisait à renvoyer l'ennemi dans ses tranchées. Parfois il fallait mettre un peu plus de coeur à l'ouvrage : un bisou par-ci, une langue par-là, et je suis persuadé que cela m'a coûté quelques potentiels amants, mais quelque part ce rôle de bouclier humain ne me déplaisait pas.
Après tout, c'est aussi de la galanterie.


2008, samedi dernier.
Jérôme, qui s'est échappé de sa vie parisienne pour le week-end me traîne en boîte pour une soirée gay électro avec la légère euphorie du célibat temporaire, son mec étant resté à la capitale. Frank est avec nous et a curieusement emmené sa nouvelle conquête David, ce qui m'étonne d'autant plus car selon lui, "être en boîte avec son mec, c'est un peu comme amener son sandwich au resto."

"Cache-moi, il arrive!". Nous sommes au bar quand Frank tente vainement de se cacher derrière mon mètre soixante-dix, puis réalisant l'absurdité de la chose, devient très appliqué au déchiffrage des bouteilles posées sur les étagères. Je comprends très vite pourquoi Frank veut se faire tout petit : un de ses ex récent et un peu envahissant traîne près de la piste, du genre dont on a un peu honte lorsqu'on le croise dans la rue... et en boîte avec son nouveau mec.

David se penche vers moi et me murmure à l'oreille "dis-moi toi qui est l'ami de Frank, tu pourrais juste me dire s'il me kiffe un peu ou pas?". Je me retrouve pris de court par cette question légitime, mais dont je ne connais absolument pas la réponse. David me regarde avec des grands yeux, attendant un signe de ma part et je me dis que si j'attends une fraction de seconde en plus, il va croire que je cherche une formule de politesse pour lui faire comprendre que non. "Tu sais, il me présente rarement des gens, donc je pense qu'il t'aime bien.". Bon, je ne m'en sortais pas trop mal.

Frank me fait signe, je prends les consos pour Jérôme et moi et il se penche et me dit "tu lui as pas dit qu'avec l'autre tâche là bas on avait couché ensemble?". Je lui réponds que non et que je ne suis pas un pot de yaourt avec des ficelles de chaque côté et qu'en plus, David a l'air de tenir un peu à lui, donc "molo sur le téléphone arabe."

Pendant la minute que dure cette conversation pas très charmante, Jérôme se fait aborder par un GI Joe sous amphets : torse nu, muscles gonflettes en avant et regard bovin extatique en bref le parfait cliché du gay trentenaire sous acides, sauf que celui-ci ne gérait pas très bien ses poussées d'amour sous X qu'il reportait à grands coups de mains baladeuses sur Jérôme qui regrette finalement son célibat d'un week-end. Il me jette des regards implorants pour que je m'active en mode bouclier ce que je fais de suite en dansant collé contre lui et l'emmenant un peu plus loin. Les attaques de GI Joe vont durer encore une bonne heure, jusqu'au moment où je suis obligé d'embrasser Jérôme, ce qui flingue toutes mes chances de rentrer avec quelqu'un de la soirée.

Un peu plus tard, Frank revient me voir pour me dire que David le saoûle un peu et qu'il y a un mec vraiment canon qui le regarde depuis une bonne demie-heure et il nous demande si on peut occuper un peu David pendant qu'il récupère son numéro de téléphone. Je réponds qu'il n'en est pas question et que la moutarde me monte clairement au nez, à défaut de poppers. Je décide de rentrer direct, car à jouer les boucliers humains à tour de bras j'en oublierai presque de passer une bonne soirée.


Sur les quais, je rumine encore un peu contre mes amis : Jérôme ne peut pas se défendre tout seul? Frank ne peut pas gérer ses histoires de cul convenablement? Je suis perdu dans mes pensées quand j'aperçois une silhouette au loin qui m'électrise plus que la bourrasque de vent glacé qui souffle sur la passerelle du collège. En face de moi, j'aperçois mon ex s'engouffrer au coeur du 6ème avec un mec à ses côtés. Cela fait plus de cinq mois que je ne l'ai pas vu et que je n'ai pas de nouvelles car je n'en veux aucune. Je les distingue suffisamment bien pour voir qu'ils rient. Je reste figé quelques instants par cette apparition, comme frappé d'un éclair.

Je me dis qu'à force de vouloir faire bouclier pour tout et tout le monde, il y a forcément un moment où un coup fatal brise toute votre caparace, trop usée pour réagir. Je rentre chez moi et le vent est si glacé que j'ai des larmes au coin des yeux. A moins que ce ne soit l'absence de bouclier.
par LiAM publié dans : Me
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Présentation

GBIH est une chronique écrite à Lyon sur mes déboires de ma vie de jeune adulte célibataire. Je suis dans la catégorie "twenty something gay guy", tout juste sorti d'une vie à deux ratée et mon entourage se compose de trentenaires casés et de célibataires libérés la vingtaine tout juste entamée. A 25 ans, pris entre deux feus, certains vous soufflent qu'il faut choisir un camp, mais lequel?

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