Samedi 5 avril 2008 6 05 /04 /Avr /2008 14:52
La semaine dernière je me suis frotté à un exercice aussi réjouissant que pénible : la réunion d'anciens élèves de mon lycée. Je recevais tous les ans une lettre rédigée par mes anciens délégués de classe avec l'accroche un brin communiste suivante "Retrouvez vos anciens camarades!" en typo Comic sans MS, ce qui rajoutait un caractère d'autant plus cheap à l'invitation. Mais cette année Annabelle et moi qui avions partagé la même classe de terminale littéraire, décidâmes de prendre des nouvelles de nos anciens camarades. Pas vraiment en souvenir du bon vieux temps, mais plutôt par curiosité légitime qui découlait à l'envie d'une virée hors de Lyon.

Sur le trajet de notre ancien bahut, nous imaginions déjà ce qui pouvait nous attendre : les murs plus petits, la prise de poids des trois Barbies (nos teenages poufs favorites), les métiers ou orientations farfelues de chacun et surtout ce qu'était devenu Benjamin, le beau gosse de notre classe.

A ce stade de l'histoire je me dois de faire un spoiler alert ; un paramètre important pour la suite et que je ne savais pas avant cette soirée : Annabelle était à l'époque maquée jusqu'aux dents avec un choupidou d'amour prénommé Victor dont elle espérait pouvoir un jour être la Victorette - alors qu'en réalité la belle en pinçait pour Benjamin, mais admettre ces sentiments était se condamner à être comme les trois Barbies : glousser à chacun de ses passages dans les couloirs ou écrire son nom au blanco sur son agenda, et ça, c'était plus qu'inacceptable.


La soirée était organisée au réfectoire de l'établissement et on ne pouvait pas faire plus cheap. Le buffet n'était même pas composé du pack minimal de réception, le "tartes salées gâteaux apéro" mais des restes de midi : crudités en vrac (chou-fleur en masse), gratins réchauffés dont la sauce coule de l'assiette en carton et yaourts plus que douteux. Lorsque je me demandais à Daniela mon ancienne déléguée si on pouvait se ratrapper sur les boissons, elle me dit qu'elle avait ramené de la bière et de la limonade maison pour pouvoir faire "des supers panachés trop bons."

Nous étions définitivement revenu au lycée.

Pendant l'heure suivante, je perdis de vue Annabelle et je conversais sur les cursus universitaires et autres boulots un peu foireux avec des gens dont je ne me souvenais même plus le nom de famille, le tout entrecoupé de quelques panachés. Je sortis fumer une cigarette roulée donnée par Yoan, le parfait hippie qui n'avait pas changé d'un poil (il avait même une bonne longueur de cheveux en plus) et je me retrouvais coincé face à face avec une des trois Barbies.

Ophélie (ça ne s'invente pas) était le symbole même de la teenage pouf à l'esprit vide mais au soutien-gorge bien rempli et lorsqu'elle me vit elle me gratifia d'un "Oh ça fait trop longteeeeemps" avec en bonus un claquage de bises sonore. Je lui rendis mon plus beau sourire Colgate en me demandant ce que j'allais bien pouvoir lui dire, questionnement qui fut vain puisqu'elle se lança dans un long monologue. Après son BAC en poche elle se décida à faire une prépa pour Sciences Po malgré son QI de bulot : elle échoua lamentablement et partit un an à Barcelone pour une année sabbatique. La conversation prit un ton plus intéressant quand elle fit mention de Benjamin.

- "Ah oui et puis j'ai vécu une géniale histoire d'amour avec Benji il y a deux ans.
- Benji? Le Benjamin de notre classe?
- Ouais, c'était comme dans les films, j'étais serveuse à Barcelone et il venait me voir dès qu'il avait une escale. C'était géniaaaal."

Ophélie avait tendance à enjoliver les choses - il était possible qu'ils se soient vus une dizaine de fois, mais de là à parler d'une histoire d'amour, j'en doutais. Ce qui était certain c'était que Benjamin avait choisi un métier qui lui correspondait parfaitement. Je me souvenais de lui comme un play-boy : il avait du emballer plus de la moitié des filles de notre section, mais toujours avec une certaine classe, les ruptures se déroulaient en douceur et aucune de ses conquêtes ne l'avaient traité de salaud - ce qui était déjà une marque d'un service à la personne attentionné. Ophélie gardait de très bons contacts avec Benjamin car ils étaient tous les deux célibataires et plutôt heureux de l'être. L'engagement n'était clairement pas à l'ordre du jour.

Après une autre heure à résumer les sept dernières années qui me séparait du lycée à ce qu'il fallait décrire comme des inconnus, je me décidais à rentrer. Je rejoignais la voiture et m'aperçus qu'Annabelle était déjà sur le parking et qu'elle discutait avec Benjamin. La conversation ne semblait pas intime et je m'approchais d'eux en le saluant. Nous échangeâmes des politesses et il partit, tout en disant avec un sourire de tombeur à Annabelle "je t'appelle".


Nous montions dans la voiture. Annabelle affichait un sourire satisfait et des yeux brillants. Elle était encore sous le charme. Je lui demandais de quoi ils avaient parlé avec Benjamin et elle m'avoua qu'à l'époque du lycée, elle était follement amoureuse de lui et qu'elle l'avait recroisé à Berlin il y a trois ans et qu'il avait promis de la rappeler pour aller boire un verre (ce qu'il n'avait pas fait) et que c'était pour lui que nous étions à cette soirée d'anciens élèves. Elle me dit qu'ils devaient se revoir le lendemain sur Lyon pour dîner.

- "J'arrive pas à croire que je vais enfin avoir un rencard avec Benjamin! Je suis trop contente! En plus il est toujours aussi mignon, t'as vu ça?
- Oui oui...
- J'espère que ça va bien se passer demain, il m'a dit qu'il m'emmènerait dans son restau préféré, un coréen qui fait barbecue.
- Ah, c'est sympa...
- Dis donc toi t'es pas très causant ce soir, c'est le panaché qui te fait mal au ventre?"

Je savais très bien qu'Annabelle attendrait plus qu'une simple escale coréenne avec Benjamin et j'étais obligé de lui dire qu'il ne voulait rien de sérieux, mais ça faisait très longtemps que je ne l'avais pas vu aussi emballée par un rencard et après tout peut être qu'une nuit lui convenait Je lui posais donc la question suivante :
- "Benjamin t'a dit ce qu'il faisait dans la vie?
- Euh, non pas vraiment il m'a dit qu'il avait pas mal de déplacements à l'étranger, je sais pas trop, on a beaucoup parlé de moi en fait, il me posait plein de questions, c'était un petit ange."

Crash.
Je me refusais à révéler qu'une des Barbies avait fricoté avec Benjamin, mais j'étais obligé de dire la vérité. Le playboy était peut être très beau aujourd'hui, mais il avait plus de charme au lycée.

Je démarrais la voiture.
- "Bon, je vais te dire un truc pas très drôle. Pour commencer, attache ta ceinture."
Par LiAM - Publié dans : Annabelle
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Jeudi 27 mars 2008 4 27 /03 /Mars /2008 18:00
Pour vous présenter Frank rapidement, je pourrais vous énumérer ce qu'il appelle le tiercé gagnant (méthode pour présenter en trois points une personne d'une manière très efficace) :

1) Frank a un placard entier rempli d'une centaine de baskets
2) Frank change aussi souvent de mec que de baskets
3) Et surtout, Frank aime le jeu.

Si la moitié de la paye de Frank s'envole en fumée pour des sneakers -les collectors, les chinages sur Ebay et parfois même des virées à la capitale ou à Londres pour trouver LA paire- l'autre moitié part dans un budget jeux. Attention, je ne parle pas de jeux d'argent, Frank n'étant pas un de ces nouveaux accros au Walter Texas Poker trucmuche, je parle de jeux de société ou plus précisément des jeux de plateau et jeux de cartes en tous genres.

Quand vous passez une soirée chez Frank, il est impossible d'échapper à une partie de jeu de société, bien évidemment entrecoupée du récit de nos dernières frasques. Si vous le voyez sortir une boîte plus grosse que la table basse avec des pions dissemblables et dix paquets de cartes différentes, alors la concentration est de rigueur et la soirée peut s'annoncer très longue. Pour une soirée plus détendue, il sort régulièrement le jeu le plus basique du monde, à savoir son jeu de cochons.

Le jeu est constitué d'adorables petits cochons en plastique que l'on lance comme des dés pour constituer des figures : s'il atterrit sur le groin, la figure "groin-groin" rapporte dix points, sur la bajoue, la figure rapporte quinze points, etc... Par contre si les cochons se montent dessus d'une quelconque manière que ce soit, cette figure bien nommée "bon jambon" annule tous les scores.


Nous voilà donc munis de nos cochons en plastique pour une partie endiablée, qui n'était bien sûr qu'un prétexte pour se raconter nos vies depuis les deux semaines où nous ne nous étions pas vus. Les comptes-rendus de Frank font passer les sommaires de Têtu et de PréfMag pour des J'aime Lire et pourtant ils sont véridiques.
Ainsi, j'apprennais que Frank avait en deux semaines : fait un plan à trois pour la vingt-quatrième fois (ou vingt-deux, car deux fois ne comptaient pas vraiment vu que c'était une partouze), acheté des sneakers pour 250 € à Paris et les a oublié dans le TGV, trompé son mec du moment avec le beau-frère de ce dernier, essayé pour la troisième fois le sexe sous X avec le beau-frère en question (ce qu'il m'a finalement déconseillé pour le lendemain, ingérable) et vendu trois paires de sneakers sur Ebay pour 300 € ce qui remboursait finalement la paire perdue.

"Bajoue, 15 points."
Lorsque vint mon tour de raconter mes deux dernières semaines, je ne trouvais rien de mieux à lui dire qu'une fontaine à eau au boulot fuyait et avait failli électrocuter le réparateur et que cette même fontaine ne produisait plus d'eau chaude après la réparation. Devant le seul bruit des cochons roulant sur la table basse, je rajoutais que notre comptable avait manqué trois jours suite à une angine blanche, que mon Mac faisait des bruits bizarres dès que j'insérais des DVD gravés R+ et que j'envisageais peut être de me laisser pousser les cheveux.

"Groin-groin, 10 points."
Frank nous servit deux verres de blancs, puis me dit d'un ton plus que sérieux que ma vie était aussi trépidante qu'un épisode de Derrick et qu'en tant qu'ami fidèle il ne pouvait se résoudre à voir quelqu'un de son entourage parler avec peu de conviction de l'angine blanche de sa comptable ou de considérations métaphysiques capillaires. Il affirma que mon principal problème était que je n'étais pas un joueur et que dans la vie, les choses n'arrivent que si l'on mise. Plus on mise gros, plus on gagne! était sa devise. Je sentais venir le MEV (monologue explicatif de la vie) gros comme une maison :

"Trotteur, 5 points."
"Le problème ce n'est pas que tu réfléchis trop, au contraire, tu ne réfléchis pas assez. Quand tu passes plusieurs mois à ne rencontrer personne ou à ne coucher avec personne c'est que tu ne mises pas ce qu'il faut quand il faut. N'aie pas pire de t'engager dans le jeu : au pire, tu perds ! Mais tu ne seras pas le premier, ni le dernier. Le perdant c'est de toute façon celui qui ne joue jamais. Donc, ce que je veux te faire comprendre c'est que si tu réfléchis correctement à tes atouts, tu ne peux pas perdre, c'est mathématique. Les relations, c'est un peu comme un casino, sauf que dans la vie, tu as le droit de compter tes cartes. Alors si tu es un bon joueur, la banque perd quasi tout le temps."


Bon, c'était bien joli-joli toute cette métaphore sur le jeu ou plutôt sur le fait que je ne suis pas un joueur très expérimenté, mais je rajoutais que les meilleurs donneurs de leçon étaient souvent les plus beaux et là dessus Frank tenait le haut du pavé (sortir avec lui était synonyme de passer pour l'homme invisible). Après tout il est beaucoup plus facile de crâner après avoir gagné une partie si on a déjà une main en or.

Cependant, l'idée de jouer au jeu de cochons avec Frank tous les dimanches alors que je pourrais les passer dans les bras d'un mec pour un tout autre jeu de cochons provoqua en moi un sentiment d'urgence nécessaire. Le week-end prochain, je me fixais comme objectif d'avoir un numéro de téléphone. C'était une petite mise, mais on ne replongeait pas dans le jeu tête baissée d'un coup en misant tout, car ce n'est pas la banque qui allait sauter, c'était ma tête.

"Bon jambon - partie nulle."
Par LiAM - Publié dans : Frank
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Jeudi 20 mars 2008 4 20 /03 /Mars /2008 15:15

Ces dernier temps, je me pose la question de savoir pourquoi ma vie sentimentale est un véritable désastre, ou plutôt un véritable désert. Bref rappel des faits et des personnes des six derniers mois : Bertrand, renommé affectueusement pot-de-glue ou SMStalker et un acte manqué avec un garçon (dont je vais vous parler un peu plus tard). Pas glorieux.

La question du célibat est l'objet de fréquentes discussions avec mes amis, qui ont chacun une théorie bien à eux. Ainsi, pour Frank, ma traversée du désert n'était ni plus ni moins que la preuve irréfutable de l'existence de l'Effet Papillon : cette théorie du chaos développée par des philosophes et scientifiques qui soutiennent, grosso modo, qu'un battement d'ailes de papillon au Mexique puis conduire à une tornade au Texas.

Mon battement d'ailes à moi était ma rupture avec mon ex où j'ai littéralement pris mon envol pour reprendre mon indépendance et a débouché sur des catastrophes sentimentales en série qui ont ravagé complètement mon habilité à me rendre heureux.

"Après le chaos, vient la reconstruction. "
Oui, mais quand on a les outils, on a pas forcément les plans...


Pour Jérôme, la question de la théorie du chaos n'existe pas. D'un caractère plus manichéen et moins dans la progression, il expliquait toutes les choses par l'Effet Boomerang . Une action entraîne ainsi une réaction, dont la valeur positive ou négative se mesure à l'état d'esprit dans lequel où on se trouve au moment de celle-ci. Pour lui cette théorie s'appliquait parfaitement à mon acte manqué avec David, un garçon que j'avais rencontré deux mois auparavant.

Lorsque j'ai rencontré David au cours d'une soirée avec des amis, c'est une litote de dire que je ne l'ai pas apprécié plus que ça. Je le trouvais prétentieux, mal habillé, faux beau-gosse et par-dessus tout atteint d'une diarrhée verbale incontrôlable. Quelques jours plus tard je le recroisais en soirée : mon inconscient frôlait l'hystérie collective lorsqu'il me prit la main pour me dire bonjour et me dire combien il était content de me voir tandis que ma personne souriait poliment en pensant que je devais vite me trouver un échappatoire pour ne pas avoir à faire la discussion de comptoir. Cette partielle schizophrénie cachait le premier effet boomerang avec David que Jérôme expliqua le plus simplement du monde : "Action > 1ère rencontre, rejet total // Réaction >> 2ème rencontre, kif total ."

Effectivement, je ne l'avais vraiment pas vu venir.

Quelques semaines plus tard, Jérôme me demanda par SMS comment évoluait les choses avec David et je lui répondis qu'il ne se passait rien à part quelques échanges téléphoniques polis pour se rencarder à des soirées et que ce coup de coeur de ma part allait rapidement se dissiper, ce qui le conforta encore plus dans sa théorie de l'effet boomerang : "si tu ne fais rien, tu n'auras rien en retour ." Je lui répondis "merci d'enfoncer des portes ouvertes." puis "dimanche c'est son anniversaire, tu crois que je l'appelle? " sauf qu'à l'instant où je sélectionnais Jérôme dans mon répertoire pour lui envoyer ce SMS, mon inconscient décidément farceur me fit sélectionner David. Je criais un "non" de désespoir et tenta vainement d'annuler l'envoi. Deux secondes plus tard, je recevais l'accusé de réception.

L'effet boomerang ne tardit pas : le lendemain je reçus un texto de David qui me dit "bien joué! j'espère que t'as un peu honte, ou que tu te sens coupable. " Je ne sais quel sentiment prédomine mais mon coup de coeur se dissipa à la vitesse d'un battement d'ailes de papillon. Je lui renvoyais "Ca arrive à tout le monde et ça prouve que quelqu'un pense à toi pour ton anniversaire. "


Chaos ou boomerangs, à chacun ses partisans et pour ma part, je n'y vois qu'une vérité dans les deux : peu importe le cheminement des catastrophes qui nous retombent dessus, le tout est de savoir les gérer avec plus ou moins de classe.

Par LiAM - Publié dans : Me
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Mardi 11 mars 2008 2 11 /03 /Mars /2008 23:39
Hier, je recevais un SMS de Annabelle.
Celui-ci disait : "Gros pépin. Apporte le kit de survie. Chez moi, 20h."

Depuis que l'on se connaissait Annabelle et moi, nous avions établi un kit de survie à utiliser en cas de détresse amoureuse sévère. Il se composait d'une bouteille de Get 31, d'un pot de Dulce de Leche de Häagen-Dazs et la dernière copie de Vogue Italie. Le tout ne s'utilisant pas nécessairement dans cet ordre.

Je débarquais chez elle et constatait le désastre : une cinquantaine de Vogue Italie étaient éparpillés sur le sol avec des post-it marquant ses shootings favoris. Une bouteille de vin rouge était déjà bien entamée et Annabelle dansait les yeux fermés en écoutant à un volume sonore plus qu'incorrect She works hard for the money de Donna Summer.

She works hard for the money
So hard for it honey
She works hard for the money
So you better treat her right

Je baissais la musique. Annabelle ouvrit les yeux : elle avait du mascara étalé autour. Je lui montrais le kit de survie en souriant et nous nous installâmes sur le canapé, en poussant deux ou trois Vogue. Je nous servis deux verres de Get 31, trinquâmes et je la laissais commencer son récit :
"- Ca a commencé hier après-midi, je rentrais chez moi après avoir passé la nuit chez le type du bar de l'autre jour qui m'avait rappelé. Je me suis assise sur mon canapé, j'ai allumé la télé et je suis tombé sur Vidéo Gag et là ils ont diffusé l'extrait avec tous les animaux. Je déteste cette émission, les rires enregistrés, les voix off pas drôles et le mec qui présente avec son air benêt.
- Celui qui vient de la météo?
- Ouais, enfin tu vois le tableau, le dimanche aprèm qui fait mal. A un moment ils ont diffusé un extrait d'une minute avec un chat qui n'arrivait pas à sortir d'une baignoire remplie à ras bord. Le pauvre, il était tout mouillé, on aurait dit un rat et il n'arrrêtait pas de glisser en accrochant ses pattes sur le bord. Je ne sais pas ce qui m'a pris mais ça m'a foutu la mort. J'étais en colère, je me demandais comment ils pouvaient mettre ça dans Vidéo Gag. Je te jure, les rires, la voix off merdique qui disait "Ah, chat ch'est pas fachile! Faut ch'accrocher! Quelle vie de chat!" avec le chaton qui tombait et retombait... et après c'était la fontaine.
- Quoi, le chat dans une fontaine?
- Non, moi! J'ai chialé comme un bébé pendant dix minutes.
"

Je regardais Annabelle droit dans les yeux et vit qu'elle était sérieuse, l'affaire du chat dans la baignoire l'avait vraiment secoué, ce qui est plutôt drôle quand on pense qu'elle militerait presque pour le retour de la fourrure véritable.

Je descendis d'un trait mon verre de Get 31 et lui demanda ce qui s'était clairement passé avec le type du bar et elle me répondit qu'ils avaient passé une soirée tout ce qu'il y a de plus classique : restaurant, boîte branchée et rentrés tôt pour petite partie de jambes en l'air.

"- Alors je ne comprends pas, tu es rentrée chez toi, tranquille, après avoir passé une très bonne soirée, tu te poses devant la télé et tu chiales à la vue d'un chat? Dans une baignoire?
- Et ben tu vois c'est exactement ça le problème : je suis rentrée chez moi toute seule, je me suis posée devant la télé toute seule en regardant une émission de merde toute seule.
"

On y était. Le fameux virus de la solitude insupportable avait gagné Annabelle. Tout ça pour un foutu chat.
"Je sais ce que tu penses, j'ai complètement perdu la foi. Je devrais me dire que je suis jeune, belle, que tout est possible, que je vais rencontrer un mec bien... Mais le truc c'est que je n'y crois plus au mec bien. Je crois à peine au mec lambda et encore, si tu as de la chance. Tu vois dans mes plans de vie, j'aurais du me marier il y a deux ans et avoir rencontré le mec parfait il y a trois ans (c'est raisonnable pour planifier un mariage). Je devrais avoir un super boulot, un super appart et j'ai que dalle. Niet. J'enchaîne des mecs insipides comme si j'enfilais des perles.
- Mieux vaut enfiler des perles que des boules de Geïsha!
"

Fou rire et quelques Get 31 plus tard, je comprenais le fondement de sa déprime féline. Après tout la vue de mon ex samedi dernier avec ce qui semblait être son nouveau mec m'avait brisé le coeur. Je n'avais rien dit à personne, car j'avais peur d'avouer que mon ex que je n'avais pas vu depuis des mois m'avait fait du mal, de nuit et à trente mètres de distance. C'était encore lui donner trop de crédit à ce salaud.


Après avoir fini notre bouteille, je lui dis qu'elle s'en sortait bien, pour quelqu'un qui pleure devant un chat dans une baignoire. Que c'était incongru, mais pas désespéré. Que bien des filles se contenteraient d'avoir déjà un mari en se mentant d'avoir rencontré l'homme parfait et que cette force de caractère paierait un jour, lorsqu'elle croiserait quelqu'un qui saurait la reconnaître pour ce qu'elle est.

Je remis la chanson "She works hard for the money" sur la chaîne en poussant le volume à fond et je l'invitais à danser façon gentleman. Elle me sourit, prit la main et nous nous sommes mis à chanter à tue-tête jusqu'à la dernière note

"She works hard for the money so you better treat her riiiiiiiiiiiiiiiiight."
Par LiAM - Publié dans : Annabelle
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Lundi 10 mars 2008 1 10 /03 /Mars /2008 16:38
Nous en sommes en l'an 2000.
Le monde entier se prépare à un nouveau millénaire : Internet pointe le bout de son nez dans les foyers, mes premières sorties en boîte sont rythmées par Fischerspooner et les tee-shirts et les coiffures sont argentées comme pour signaler l'avènement d'un monde futuriste.

Et pourtant au milieu de cette effervescence de technologie, je découvrais cette année-là une vieille méthode de protection nommée bouclier.

"Cache-moi, il arrive!" est certainement la phrase que j'ai entendu le plus lors de mes premières sorties. Mes amies restaient bien planquées près de moi devant les mecs de vingt ans alcoolisés. Je les sauvais d'un tripotage malheureux et de conversations aussi évoluées qu'une bactérie primitive du début de l'humanité.
D'une certaine manière j'appris toutes les stupidités à ne surtout pas dire lors d'un premier contact en soirée :
"Je t'ai jamais vu ici tu viens souvent?"
"Si tu veux après on pourra faire un tour tous les deux dans ma Punto (sic)"
"J'te jure que t'es tellement belle que même ma copine a côté elle est moche (resic)"

J'étais le gardien de ces jeunes demoiselles en détresse : un simple contact de la main suffisait à renvoyer l'ennemi dans ses tranchées. Parfois il fallait mettre un peu plus de coeur à l'ouvrage : un bisou par-ci, une langue par-là, et je suis persuadé que cela m'a coûté quelques potentiels amants, mais quelque part ce rôle de bouclier humain ne me déplaisait pas.
Après tout, c'est aussi de la galanterie.


2008, samedi dernier.
Jérôme, qui s'est échappé de sa vie parisienne pour le week-end me traîne en boîte pour une soirée gay électro avec la légère euphorie du célibat temporaire, son mec étant resté à la capitale. Frank est avec nous et a curieusement emmené sa nouvelle conquête David, ce qui m'étonne d'autant plus car selon lui, "être en boîte avec son mec, c'est un peu comme amener son sandwich au resto."

"Cache-moi, il arrive!". Nous sommes au bar quand Frank tente vainement de se cacher derrière mon mètre soixante-dix, puis réalisant l'absurdité de la chose, devient très appliqué au déchiffrage des bouteilles posées sur les étagères. Je comprends très vite pourquoi Frank veut se faire tout petit : un de ses ex récent et un peu envahissant traîne près de la piste, du genre dont on a un peu honte lorsqu'on le croise dans la rue... et en boîte avec son nouveau mec.

David se penche vers moi et me murmure à l'oreille "dis-moi toi qui est l'ami de Frank, tu pourrais juste me dire s'il me kiffe un peu ou pas?". Je me retrouve pris de court par cette question légitime, mais dont je ne connais absolument pas la réponse. David me regarde avec des grands yeux, attendant un signe de ma part et je me dis que si j'attends une fraction de seconde en plus, il va croire que je cherche une formule de politesse pour lui faire comprendre que non. "Tu sais, il me présente rarement des gens, donc je pense qu'il t'aime bien.". Bon, je ne m'en sortais pas trop mal.

Frank me fait signe, je prends les consos pour Jérôme et moi et il se penche et me dit "tu lui as pas dit qu'avec l'autre tâche là bas on avait couché ensemble?". Je lui réponds que non et que je ne suis pas un pot de yaourt avec des ficelles de chaque côté et qu'en plus, David a l'air de tenir un peu à lui, donc "molo sur le téléphone arabe."

Pendant la minute que dure cette conversation pas très charmante, Jérôme se fait aborder par un GI Joe sous amphets : torse nu, muscles gonflettes en avant et regard bovin extatique en bref le parfait cliché du gay trentenaire sous acides, sauf que celui-ci ne gérait pas très bien ses poussées d'amour sous X qu'il reportait à grands coups de mains baladeuses sur Jérôme qui regrette finalement son célibat d'un week-end. Il me jette des regards implorants pour que je m'active en mode bouclier ce que je fais de suite en dansant collé contre lui et l'emmenant un peu plus loin. Les attaques de GI Joe vont durer encore une bonne heure, jusqu'au moment où je suis obligé d'embrasser Jérôme, ce qui flingue toutes mes chances de rentrer avec quelqu'un de la soirée.

Un peu plus tard, Frank revient me voir pour me dire que David le saoûle un peu et qu'il y a un mec vraiment canon qui le regarde depuis une bonne demie-heure et il nous demande si on peut occuper un peu David pendant qu'il récupère son numéro de téléphone. Je réponds qu'il n'en est pas question et que la moutarde me monte clairement au nez, à défaut de poppers. Je décide de rentrer direct, car à jouer les boucliers humains à tour de bras j'en oublierai presque de passer une bonne soirée.


Sur les quais, je rumine encore un peu contre mes amis : Jérôme ne peut pas se défendre tout seul? Frank ne peut pas gérer ses histoires de cul convenablement? Je suis perdu dans mes pensées quand j'aperçois une silhouette au loin qui m'électrise plus que la bourrasque de vent glacé qui souffle sur la passerelle du collège. En face de moi, j'aperçois mon ex s'engouffrer au coeur du 6ème avec un mec à ses côtés. Cela fait plus de cinq mois que je ne l'ai pas vu et que je n'ai pas de nouvelles car je n'en veux aucune. Je les distingue suffisamment bien pour voir qu'ils rient. Je reste figé quelques instants par cette apparition, comme frappé d'un éclair.

Je me dis qu'à force de vouloir faire bouclier pour tout et tout le monde, il y a forcément un moment où un coup fatal brise toute votre caparace, trop usée pour réagir. Je rentre chez moi et le vent est si glacé que j'ai des larmes au coin des yeux. A moins que ce ne soit l'absence de bouclier.
Par LiAM - Publié dans : Me
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Samedi 8 mars 2008 6 08 /03 /Mars /2008 15:57
La semaine dernière au cours d'un apéritif je recroisais Bertrand, le garçon qui m'avait donné son numéro de téléphone dans un bar - et que j'avais jeté en rentrant chez moi. Je décidais de lui donner une seconde chance car les probabilités pour que deux gays célibataires se recroisent seuls à quelques jours d'intervalle et dans des lieux différents étant minces de nos jours, je lui accordais une sorte de rencard improvisé, qui déboucha sur une agréable soirée.

Bertrand avait terminé les beaux arts et peignait des toiles en vue d'une exposition dans la galerie d'un de ses amis. C'était la première fois qu'il se lançait dans ses compositions originales contemporaines - la plupart du temps il reproduisait d'infimes détails de photographies dénichées sur Internet.
Pour ma part je lui parlais de la difficulté d'écrire en freelance, de mes milliers de projets de livres qui reposaient sur des post-it et dans mon cerveau et de la petite magie de notre rencontre. La soirée se termina sur un très long baiser en bas de chez lui.

Le lendemain soir je passais la soirée chez Frank à fumer un peu d'herbe. C'était son rituel de post-rupture avec des mecs sans lendemain - le dernier en date avait duré trois semaines, ce qui était nettement plus que la moyenne. Pour lui, rien de tel "qu'un bon nuage de fumée pour consumer les relations feux-de-paille." C'était plus ou moins un faux prétexte car Frank avait une légère addiction à l'herbe.

Frank allumait notre troisième joint quand je reçus un SMS de Bertrand qui me scotcha littéralement, et ce, sans l'aide de l'herbe : "Hé mon chéri, j'pense for a toi, g paC tro 1 bonne night. Kiss & love. Ton BB."

Fou rire de dix minutes. Avec l'aide de l'herbe, soit, mais le texto avait fait tout le travail.

Comment un mec aussi bien sous tous rapports, plutôt gentil et qui embrassait bien pouvait-il se transformer en chose dégoulinante d'affection à tendance écriture de SMS cuculs? Et quelle était cette manie de donner des petits noms au bout du deuxième rencard? Pour ma part j'ai toujours considéré les "bébés" et les "chéris" anti-sexe au possible.

Je n'ai pas répondu de la soirée car nous avions prévu de nous revoir le lendemain pour un cinéma-restaurant-dernier-verre-chez-lui-sexe-à-la-clef. Dans ma tête ce plan s'abrégeait à cinéma-restaurant. Au restaurant, lorsque je lui fis comprendre que je n'étais pas spécialement emballé par un potentiel "nous deux", la soirée s'écourta rapidement mais Bertrand resta très digne et plutôt grand prince puisqu'il régla la note. En ce qui me concernait, la séparation était claire, nette précise et sans bavures.

Je n'allais pas tarder à déchanter.

Annabelle et moi faisions du shopping fauché, à savoir le shopping des boutiques bas de gamme pour acheter deux ou trois basiques qui font illusion, quand je reçus un SMS de Bertrand, que je renommais Super Glue : "ça m'a fé de la peine hier soir ms g compri ke t'avé besoin 2 tps, je t'attendrai, ton BB."

Là j'avais dépassé le stade du fou rire pour tomber dans celui de l'incrédulité. En trouvant un pull de couleur crème à 15 euros, Annabelle me conseilla vivement de faire le mort. Cette technique un peu éculée me semblait appropriée, mais j'avais la curiosité malsaine de comprendre comment pouvait fonctionner quelqu'un comme Bertrand.

En rentrant chez moi, je lui passais un coup de fil et l'invitait à boire un verre, pour reclarifier les choses une dernière fois. Dès qu'il arriva dans le bar, je compris tout de suite que j'avais fait une grossière erreur vu le large sourire qu'il affichait sur son visage. Il dit qu'il m'attendrait, qu'il comprenait tout à fait que je ne voulais plus m'engager dans une relation et qu'il serait là dès qu'il sentirait que je serais prêt. Je voulais lui répondre "cours toujours" mais mon addiction à la politesse me le refusait. Il était dans une phase totale de déni.


On passe la majorité de son temps à se défaire de ses addictions et à en développer d'autres : shopping, réseaux sociaux sur Internet, substances plus ou moins licites en soirées... la mienne n'était rien d'autre qu'une vilaine curiosité.

Je reçois encore des SMS de Bertrand qui me demande régulièrement de mes nouvelles, avec une teneur moins personnelle mais toujours aussi intéressée. Pour mettre fin à mon addiction, je lui renvoyais un texto en lui disant que j'avais rencontré quelqu'un.

Il me répondit : "OK, apel moi qd c fini."
J'effaçais définitivement son numéro de portable.
Par LiAM - Publié dans : Me
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Jeudi 6 mars 2008 4 06 /03 /Mars /2008 16:01

Tout a commencé lorsque je fus invité pour l'anniversaire de Laura, une amie de lycée avec qui j'avais passé la moitié de ma terminale à vider la machine à cappuccino du foyer des élèves. Nous nous étions un peu perdus de vue ces dernières années, mais chacun prenait des nouvelles de l'autre régulièrement par connaissances interposées. Je retournais à Chambéry, la ville où j'avais grandi et où mes parents habitaient encore, pour fêter à la fois son anniversaire et un évènement assez inattendu. "Je suis vraiment contente que tu viennes! Cela fait tellement longtemps et en plus, j'ai une petite surprise pour toi."

Petite surprise n'était pas vraiment le mot, puisque lorsqu'elle m'ouvrit la porte, je découvris que Laura était enceinte jusqu'aux dents.

Ma seule réaction fut une grimace et ma voix était d'un demi ton trop haut :
"Euh... félicitations?"


Pour comprendre ma légère grossiereté, il faut remonter un peu après l'époque du lycée, lors de l'été 2003. Laura venait de décrocher son BTS action-commercial à Grenoble et j'entamais ma première année sur Lyon et nous étions tous les deux à Chambéry pour une partie des grandes vacances d'été. Et Chambéry n'étant pas la ville la plus active pour les vacances, nous passions la majorité de notre temps à reproduire ce que l'on savait faire de mieux tous les deux, à savoir café cigarettes derniers potins.

Cette conversation se déroula à une terrasse près de la place des éléphants sans-cul :
"- OK, tu te souviens de mon ex Christian?
- Celui qui avait une mèche décolorée comme dans les années 80?
- Tu veux qu'on parle de ta crête verte vif de l'été dernier?
- Elle était bleue et elle a viré au vert! Bon Christian, alors?
- Christian m'a demandé de lui faire un enfant.
"

Elle écrasa sa cigarette, visiblement assez fière de l'annonce.
- "Et tu as répondu...?
- J'ai répondu qu'il avait vraiment besoin de s'acheter un nouveau cerveau! Attends, le mec est un routier au chomâge, il est plus obsessionnel que ma mère et il picole comme mon père, bonjour l'angoisse.
- Dieu merci, pendant un moment j'ai cru que j'allais m'étouffer avec mon café.
- C'est quand même la chose la plus ridicule qu'un ex m'ait demandé! En plus on a couché ensemble quatre ou cinq fois, toujours un peu bourrés après une soirée et il me voit comme la mère de ses enfants.
- J'ai une très belle image de toi avec deux jumeaux, une caravane et ton mari avec un pack de bières!
- Surtout que je n'ai pas spécialement envie d'en arriver là avant la trentaine, j'ai encore toute ma carrière à construire et je ne suis pas prête de me transformer en super secrétaire en cloque dès ma première année de boulot et vivre dans une maison de campagne avec un chien pendant que mon mari revient des courses en Land Rover.
"


Retour en 2008.
J'étais encore sur le palier de la porte de la maison des parents de Laura à bloquer sur son ventre qui me rappelait beaucoup celui de mon père - sauf que dans le sien grandissait un être vivant et non quatre litres de bière - quant une Land Rover de couleur noire se gara pile en face de nous. J'ai cru d'abord à un gag et je priais intérieurement pour que Christian ne sorte pas de la voiture avec un sac écolo rempli à ras bord de produits estampillés Carrefour. A la place sortit un homme d'une trentaine d'années, avec une veste de costume noire et des cheveux châtains bien coiffés et il avança une main plus grande que ma tête qu'il me tendit en affichant un large sourire :
"- Salut, tu dois être L*%!? Laura m'a beaucoup parlé de toi, je suis Thierry."

Après le déballage des cadeaux, je retrouvais Laura dans la cuisine tout en sortant quelques bières du frigo et du thé glacé pour elle. Je la complimentais vivement sur le choix du père : commercial dans une grande entreprise de textiles, bien élevé, sportif et en plus non fumeur, bref un amant idéal couplé à un gendre idéal, ce qui n'était pas chose aisée.

Par contre, concernant le bébé, j'avais encore du mal à me faire à l'idée. La Laura que je connaissais pense à sa carrière, aux mecs, à sortir faire la fête. Pas à passer le reste de ses deux prochaines années dans les couches et le cocooning. Je lui demandais comment on pouvait changer de plan de vie à 24 ans, qu'était-il arrivé à tous ses rêves?
"- Je sais ce que tu dois te dire, mais ne me juge pas trop vite. Avec Thierry, j'ai été tout de suite amoureuse et je ne me suis plus posée la question de savoir où j'allais. Tu veux qu'on habite ensemble? Très bien, on habite ensemble! Tu veux qu'on se pacse? Ok, c'est plus officiel et moins ringard que des fiançailles. Et puis, j'ai été enceinte rapidement et voilà!"
- Et ... voilà?
- Oui on peut passer très vite d'une idée de vie à une autre tu sais. C'est un peu comme un interrupteur pour ma part. Je suis passé d'un mode égoïste/CLIC à vie de famille/CLIC!"
- Le dernier clic, c'était le bruit d'une arme à feu?
"

Elle me jeta un regard qui me fit du mal, car j'ai su que j'avais été trop loin.

Dans le train sur le chemin du retour, je me demandais comment on pouvait réellement passer d'un mode de vie à un autre si brutalement. Cela peut-il se produire en un clic, à la manière des giboulées de mars où le temps est ensoleillé et la minute d'après il pleut des cordes? Peut-on devenir l'inverse de ce que l'on pensait être?

J'organisais un petit apéritif avec mes deux acolytes lyonnais favoris, Annabelle et Frank, pour me remettre du léger choc de l'annonce de la grossesse de Laura et tout le packaging effrayant qui allait avec. Je leur demandais si un jour, eux aussi se "réveilleraient" et s'installeraient dans les monts du lyonnais avec break, chien et enfants. Je savais déjà la réponse d'Annabelle sur le sujet, car elle ne voulait pas d'enfants.
"Au fond, je pense qu'elle a toujours voulu cette vie-là, s'installer à 24 ans, c'est une question de culture.
- Une question de culture?
- Oui, si tout ton entourage se marie, fait des gosses et achète une maison dans un trou paumé, soit tu changes de ville pour fuir l'humiliation d'être célibataire au milieu de ces mères-poules, soit tu t'adaptes!
- Survivre ou mourir c'est ça l'idée? Je suis un peu déçu par Laura, je ne la pensais pas comme ça.

Frank, qui n'avait pas dit grand chose depuis le début de la soirée, ajouta :
- "Je trouve que t'as la mémoire courte. La pression du regard des autres peut être parfois si forte qu'elle détruit une personnalité. Regarde-toi et tes fiançailles bidon, je ne t'ai pas reconnu pendant deux ans. C'était tout l'inverse de ce que tu es."

Comme d'habitude, Frank appuya là où ça faisait mal. C'est vrai, j'avais été "fiancé" avec un garçon pendant deux ans et notre attitude "parfaite vie de couple" ne nous avait pas mené à grand chose. J'avais 22 ans et j'étais un célibataire tout ce qu'il y a de plus normal et je n'envisageais pas la vie à deux comme une option. Et pourtant je l'avais fait, persuadé que marcher à deux, penser à deux, vivre à deux était la clef de mon bonheur. Le résultat avait été désastreux.


Le lendemain matin je fus réveillé par les rayons du soleil à travers mes volets. Je me sentais encore coupable de mon attitude à l'anniversaire de Laura. Je me dirigeais vers la fenêtre que j'ouvris en grand et je pris mon téléphone. Je m'excusais auprès de Laura, lui confiait que j'avais été surpris au départ, mais qu'elle pouvait compter sur moi si elle avait besoin de soutien après la naissance.

Elle fut très touchée par mon appel et me promit que je serais le deuxième parrain du bébé, au cas où il arriverait quelque chose au premier.

Dehors, il se mit à pleuvoir sans prévenir.

Par LiAM - Publié dans : Laura et Thierry
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Mardi 4 mars 2008 2 04 /03 /Mars /2008 23:48
Très bien, plantons le décor, histoire de me présenter un peu :
Après deux années de vie commune avec un garçon à jouer au desperate househusband qui se sont soldées par un échec, je suis revenu parmi ceux que l'on considère comme bankables - ou vaches à lait c'est selon - et que beaucoup envient, à savoir les jeunes gays célibataires.

Jeune, gay et célibataire : voilà trois mots qui impliquent toute une série de clichés que mes ami(e)s m'ont bien sûr sorti sur un plateau d'argent.

"Mais c'est génial, tu peux faire tout ce que tu veux, tu peux coucher avec qui tu veux."
On peut toujours coucher avec qui on veut (mon ex a bien éprouvé cette théorie) mais pour ma part ça n'a jamais été mon fort.

"Tu devrais être avec quelqu'un, tu n'es pas moche, tu n'es pas con, un jour quelqu'un va bien s'en rendre compte."
Ah oui, reposer sa vie sur les variables, c'est vrai que c'est confortable, mais pas très stimulant.
Et pour info, merci de me rappeler que je ne suis pas dégueu et que je ne trouve personne.

"En plus c'est plus facile pour vous les gays, il suffit de sortir."
Bon, au-delà de l'inconsistance et de la légère insulte implicite de cette remarque, dois-je rappeler que les boîtes de nuit et les bars se sont vidés et que la majorité des mecs préfèrent rester derrière leur écran que de draguer?
Après, si on parle d'établissement réservé au sexe, désolé, ce n'est pas ma tasse de thé.


Après une (trop) longue période de célibat où je suis passé par tous les stades post-rupture moches : blâmer son ex, se blâmer soi, blâmer la vilaine société et ses vilains moeurs, trouver une échappatoire dans la vodka, il était temps de passer à la vitesse supérieure et tourner une page.

La nouvelle année et ses bonnes résolutions étaient un bon prétexte pour secouer tout ça.
Bon, maintenant, nous sommes début mars et pas l'ombre d'une date en vue. J'allais pourtant apprendre que ma routine de célibataire égalait peut être la routine de mes amis en couple.

Jérôme, un ami à moi, fêtait ses trois ans de relation avec Thibault quelques semaines auparavant. Un peu avant cet anniversaire à caractère plutôt joyeux, il me fit une demi-confidence autour de quelques verres qui me laissa un peu abasourdi : "Bon, avec Thibault... ça va bientôt faire trois ans, c'est dingue." Le sourire était fier, mais le regard un peu dans le vide. "En même temps, je me laisse porter tu vois, je sais pas trop... je me suis habitué à être avec Thibault je crois. Je me pose pas trop de questions, on verra bien."

J'acquiesçais en sirotant ma vodka-coca et me demandant si tout n'était finalement qu'une question d'habitude : que l'on soit en couple ou célibataire, une fois notre routine de vie établie, peut-on s'en sortir?


Le samedi suivant je me livrais à mon schéma habituel : verres à la maison et sortie tardive avec Frank et Annabelle, compagnons de célibats. Sur le chemin de notre bar favori, je leur expliquais ce que Jérome m'avait confié. Ils n'ont pas tardé à réagir vivement :

"Un mec qui dit ça au bout de trois ans de vie commune, soit il frôle la dépression, soit le sexe est tellement génial que ses orgasmes multiples l'ont mis en mode pilote automatique mari-à-vie." Frank était persuadé que les orgasmes multiples existaient pour les mecs, ce qui agaçait un peu Annabelle car elle n'en avait jamais eu. Sur le sujet, elle restait plus pragmatique : "En même temps, si son appartement est un duplex et qu'il m'emmène en week-end tous frais payés à Londres ou à Genève, je suis capable de simuler des orgasmes multiples rien que pour lui faire plaisir."
J'expliquais à Annabelle qu'entre Jérôme et Thibault il n'était pas question d'argent et que le sexe était très bien d'après ce que j'en savais, mais pas un feu d'artifices non plus. "Peut être qu'il s'est contenté de ce qu'il avait parce qu'il avait peur d'être seul - j'ai une copine à moi qui reste avec son mec parce qu'elle peut lui garder son chat de temps en temps." Je lui demandais si elle pourrait rester avec quelqu'un uniquement pour garder son animal de compagnie ce à quoi elle me répondit qu'un homme à chats la terrorisait. "Plus triste qu'une vieille fille à chat, c'est un vieux garçon à chat."

Ce soir-là, pour ne pas pallier à leurs habitudes respectives, Frank partit tôt dans la soirée pour "renouer" avec un ex tandis qu'Annabelle se faisait payer des verres par un des seuls hétéros à porte-monnaie bien fourni de la soirée. C'était un de ses grands talents, dénicher dans un bar gay le seul homme hétérosexuel qui plus est, un homme hétérosexuel qui pouvait lui offrir une coupe.

Tout au bout du comptoir je remarquais un mec à priori seul. Mes deux acolytes étant occupés, rajouter à cela cette volonté de changer mes habitudes et une quatrième vodka-coca me poussèrent à aller lui parler. Je n'avais aucune arrière pensée ce qui rendit les choses beaucoup plus faciles, la pression du râteau n'existait pas, puisque je n'envisageais rien d'autre qu'une conversation agréable au moment présent avec un joli inconnu. Après une bonne heure, j'eus un numéro de téléphone. Annabelle me fit signe qu'elle voulait rentrer, à priori son hétérosexuel à la coupe ne valait pas une goutte de plus. Je remerciais mon inconnu au numéro de téléphone et lui souhaita une bonne soirée.

Sur les quais, Annabelle était surexcitée par ce qu'elle avait vu : j'étais en train de parler à un mec que j'avais abordé! L'inverse se produisait toujours et c'était un peu la nouvelle de la soirée. Elle me demanda si j'allais l'appeler et je lui répondis qu'il était plutôt mignon, assez intéressant mais que je n'avais pas spécialement accroché. Elle me prit par le bras et me demanda ce qu'on allait faire de moi. Un vieux mec à chats peut être?


Les habitudes ne sont peut être pas faites pour être changées. Je les vois un peu comme la théorie des cordes : elles peuvent se courber, se dilater, fluctuer, mais le fondement de nos fonctionnements resteront les mêmes, sans quoi notre univers entier s'effondre. Parfois, quelques aléatoires viennent bouleverser notre monde, mais ils sont reconnaissables par leur rareté. L'inconnu du bar n'en faisait pas partie.

En rentrant, je jetais son numéro de téléphone.
Par LiAM - Publié dans : Jérôme et Thibault
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Présentation

GBIH est une chronique écrite à Lyon sur mes déboires de ma vie de jeune adulte célibataire. Je suis dans la catégorie "twenty something gay guy", tout juste sorti d'une vie à deux ratée et mon entourage se compose de trentenaires casés et de célibataires libérés la vingtaine tout juste entamée. A 25 ans, pris entre deux feus, certains vous soufflent qu'il faut choisir un camp, mais lequel?

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