Vendredi 2 mai 2008
Il s'est passé tellement de choses ces deux dernières semaines que je ne sais plus par où commencer, d'où ce léger silence radio. Résumons un peu ce qu'il s'est passé : Frank m'avait demandé de
descendre le retrouver dans le sud, suite à un coup de fil lui annonçant qu'une amie de sa mère qu'il avait perdu de vue était gravement malade. De mon côté j'avais rencontré ce qui semblait être
le garçon parfait. Bien sûr, les choses allaient se compliquer bien plus que je ne l'aurais imaginé, mais reprenons plutôt l'histoire de Frank :
Il était plus de vingt-trois heures lorsque je me garais dans l'allée de la résidence des Jonquilles, à Palavas-les-Flots ce samedi-là. J'avais reçu un coup de fil urgent de Frank, qui avait besoin de ma présence suite au décès d'une amie de sa mère. Il m'attendait dans le jardin avec sa tante Sylvie, qui me servit un verre de rosé et partit dans la cuisine réchauffer un reste de ratatouille.
- "Je te remercie d'être venu tout de suite, il fallait vraiment que je parle à quelqu'un. En plus je sais très bien que tu as annulé ton rencard pour moi.
- Hé, ne t'inquiète pas il a plutôt bien pris l'annulation de dernière minute. Bon, toi, raconte-moi ce qui s'est passé."
Avant d'aller plus loin, je me dois de vous dire ce que je sais de l'adolescence de Frank, ou du moins ce qu'il a bien voulu me raconter dans les grandes lignes. A l'âge de quinze ans, la mère de Frank décéda d'un cancer généralisé foudroyant. L'enterrement se déroula sans encombres : éloges funèbres familiales écrites sur mesure, musiques classiques favorites de la défunte, cercueil fermé et couronne de fleurs de bon goût, à une exception près : le papa de Frank ne parla pas à la cérémonie. Certes, il était présent physiquement, mais il ne renda pas un seul hommage à son ex-épouse. Sa femme l'avait quitté trois ans plus tôt avec comme explication officielle "des mésententes insolvables entre nous, mais nous t'aimerons toujours Frank" : elle était partie de la maison familiale de la Garenne-Colombes et avait pris un petit appartement dans le onzième arrondissement de Paris. Voilà l'histoire telle que Frank me la décrivait.
- "Il y a toute une partie que j'avais un peu oubliée jusqu'à aujourd'hui et que je ne raconte à personne. Après le divorce, j'allais tous les week-ends chez maman..."
Sylvie revenait avec la ratatouille et un autre verre de rosé et Frank continua son récit : dès la séparation effectuée, sa mère se métamorphosa : elle retrouva l'appétit, s'achetait de nouvelles tenues, se maquillait de nouveau... et surtout Frank remarqua une chose : elle avait retrouvé le goût de rire. Peu importe ce qu'ils faisaient : cinéma, boutiques, longues promenades : ils passaient la majorité du week-end à rire.
Pour déjeuner le samedi midi, elle invitait fréquemment son amie Fabienne - une collègue fleuriste qui avait l'habitude des teintures rousses virant légèrement sur le rouge vif et qui pouvait parler littérature pendant des heures après un verre de vin en trop. Le dimanche, elle rejoignait Frank et sa maman qui avaient l'habitude de flâner au Père Lachaise. Fabienne avait toujours une anecdote intéressante sur les défunts célèbres. Lorsque Frank rentrait chez son père il ne racontait rien de son week-end car ce dernier faisait semblant de ne rien entendre lorsqu'il s'agissait de son ex-épouse. Frank se disait qu'il avait sûrement un peu trop de chagrin et que les choses étaient peut être mieux comme ça.
- "Ca te dit de marcher un peu? On peut aller vers le port."
Un vent frais s'était levé mais j'acceptais avec plaisir car le trajet en voiture m'avait complètement engourdi. J'enfilais une veste et remerciait Sylvie pour le dîner.
- "Donc si je comprends bien, Fabienne faisait un peu partie de la famille puisque tu la voyais tous les week-ends.
- Oui, tu peux dire ça comme ça, mais elle n'essayait pas de prendre la place de qui que ce soit et ne me posait jamais de questions gênantes. Tu sais, le style qui te met mal à l'aise quand t'es ado. C'était un peu une tante-copine, ou grande cousine sympa."
La parfaite photo de famille, avec le côté recomposé pour être honnête et post-moderne.
Et puis, la maladie rongea le corps de la mère de Frank.
Il était plus de vingt-trois heures lorsque je me garais dans l'allée de la résidence des Jonquilles, à Palavas-les-Flots ce samedi-là. J'avais reçu un coup de fil urgent de Frank, qui avait besoin de ma présence suite au décès d'une amie de sa mère. Il m'attendait dans le jardin avec sa tante Sylvie, qui me servit un verre de rosé et partit dans la cuisine réchauffer un reste de ratatouille.
- "Je te remercie d'être venu tout de suite, il fallait vraiment que je parle à quelqu'un. En plus je sais très bien que tu as annulé ton rencard pour moi.
- Hé, ne t'inquiète pas il a plutôt bien pris l'annulation de dernière minute. Bon, toi, raconte-moi ce qui s'est passé."
Avant d'aller plus loin, je me dois de vous dire ce que je sais de l'adolescence de Frank, ou du moins ce qu'il a bien voulu me raconter dans les grandes lignes. A l'âge de quinze ans, la mère de Frank décéda d'un cancer généralisé foudroyant. L'enterrement se déroula sans encombres : éloges funèbres familiales écrites sur mesure, musiques classiques favorites de la défunte, cercueil fermé et couronne de fleurs de bon goût, à une exception près : le papa de Frank ne parla pas à la cérémonie. Certes, il était présent physiquement, mais il ne renda pas un seul hommage à son ex-épouse. Sa femme l'avait quitté trois ans plus tôt avec comme explication officielle "des mésententes insolvables entre nous, mais nous t'aimerons toujours Frank" : elle était partie de la maison familiale de la Garenne-Colombes et avait pris un petit appartement dans le onzième arrondissement de Paris. Voilà l'histoire telle que Frank me la décrivait.
- "Il y a toute une partie que j'avais un peu oubliée jusqu'à aujourd'hui et que je ne raconte à personne. Après le divorce, j'allais tous les week-ends chez maman..."
Sylvie revenait avec la ratatouille et un autre verre de rosé et Frank continua son récit : dès la séparation effectuée, sa mère se métamorphosa : elle retrouva l'appétit, s'achetait de nouvelles tenues, se maquillait de nouveau... et surtout Frank remarqua une chose : elle avait retrouvé le goût de rire. Peu importe ce qu'ils faisaient : cinéma, boutiques, longues promenades : ils passaient la majorité du week-end à rire.
Pour déjeuner le samedi midi, elle invitait fréquemment son amie Fabienne - une collègue fleuriste qui avait l'habitude des teintures rousses virant légèrement sur le rouge vif et qui pouvait parler littérature pendant des heures après un verre de vin en trop. Le dimanche, elle rejoignait Frank et sa maman qui avaient l'habitude de flâner au Père Lachaise. Fabienne avait toujours une anecdote intéressante sur les défunts célèbres. Lorsque Frank rentrait chez son père il ne racontait rien de son week-end car ce dernier faisait semblant de ne rien entendre lorsqu'il s'agissait de son ex-épouse. Frank se disait qu'il avait sûrement un peu trop de chagrin et que les choses étaient peut être mieux comme ça.
- "Ca te dit de marcher un peu? On peut aller vers le port."
Un vent frais s'était levé mais j'acceptais avec plaisir car le trajet en voiture m'avait complètement engourdi. J'enfilais une veste et remerciait Sylvie pour le dîner.
- "Donc si je comprends bien, Fabienne faisait un peu partie de la famille puisque tu la voyais tous les week-ends.
- Oui, tu peux dire ça comme ça, mais elle n'essayait pas de prendre la place de qui que ce soit et ne me posait jamais de questions gênantes. Tu sais, le style qui te met mal à l'aise quand t'es ado. C'était un peu une tante-copine, ou grande cousine sympa."
La parfaite photo de famille, avec le côté recomposé pour être honnête et post-moderne.
Et puis, la maladie rongea le corps de la mère de Frank.


