Mardi 13 mai 2008
J'étais de retour à Lyon le lundi matin très tôt, après avoir passé le week-end à soutenir Frank. Il était resté une semaine de plus pour veiller Fabienne, posant trois jours de congés sans solde et enchaîner avec le grand pont du 8 mai et de la Pentecôte. J'avoue que j'étais plutôt impatient de rentrer, d'une part car les discussions du week-end n'étaient certainement pas des plus réjouissantes, d'autre part parce que j'avais enfin mon premier rendez-vous avec Pierich, ma petite perle rare du moment.

Nous nous étions appelés deux fois au cours du week-end et ces coups de fil assez anodins m'avait conforté dans l'idée que Pierich était plus qu'une perle rare et qu'il était à deux doigts d'être le diamant Hope. Il m'avait demandé si Frank allait bien et m'avait glissé qu'il avait été un peu déçu qu'on ne puisse pas se voir plus tôt et qu'il avait l'intention de prendre en charge le choix du restaurant pour le lundi soir. De la compassion, de l'honnêteté et de l'initiative et dans mon souvenir, un physique à tomber par terre, que demander de plus? A bien y réfléchir, un peu plus de confiance en moi, car je commençais à stresser plus que de raison.

En fin d'après-midi j'avais invité Annabelle pour un apéritif rapide, qui était un prétexte pour me sortir de ce traditionnel stress de pré-rencard qui avait atteint un pic d'angoisse sévère. Je lui montrais différentes tenues pendant qu'elle sirotait un verre de vin blanc.
- Alors pas trop nerveux pour ton rencard avec Pierich avec un 'h'?
Au cours de notre premier échange téléphonique, il m'avait demandé comment s'orthographiait mon prénom pour le rentrer dans son téléphone et il avait ajouté un 'L' en trop. Moi j'avais échangé son 'h' avec un 'k'.
- Ecoute si je t'ai invité c'est à la fois pour ton sens de la mode et aussi pour qu'on ne le mentionne pas du tout, tu sais comment je suis avant un rencard. Bon, on ne t'a pas trop manqué ce week-end?
- J'ai vu un pote samedi soir qui était de passage à Lyon..
- D'accord, je vois!
Je lui montrais un tee-shirt noir :
- Trop triste. Et non non non, tu ne vois rien du tout, c'est juste un pote de Genève qui était en cours avec moi il y a trois ans. Très relou : il n'a pas arrêté de me draguer toute la soirée, style 'oh j'adore tes yeux', 'oh j'adore ton haut', 'oh j'adore ton bracelet'. Une véritable sangsue.
J'exhibais un polo flashy et elle soupira :
- Vive les années 80... Tu sais quoi, j'étais tellement à cran que je l'ai branché avec des filles dans le pub où il m'a traîné.
- Et ça a marché?
- Que dalle! Il m'a tellement déprimé que j'ai du simuler des douleurs 'de fille' pour pouvoir rentrer à la maison. Ca m'avait mis les nerfs à un tel point que j'ai vidé un pot de Nutella.
- Un entier??
- Nan un petit. Mais n'empêche!
J'enfilais un tee-shirt col v blanc.
- Nickel! Enfin, en tout cas j'ai bien pensé à vous. Et Frank, il va comment?"

Je lui répondais que je ne savais pas trop, je n'avais jamais vu Frank aussi perdu dans ses pensées. Pendant le reste du week-end il m'avait raconté beaucoup d'histoires sur son adolescence et sur sa mère. Il m'assurait qu'il allait bien et quand j'étais parti il m'avait sourit, mais son regard était ailleurs.

Une demie-heure plus tard, j'étais fin prêt pour mon premier rencard avec Pierich. Nous avions rendez-vous dans un bar sur les quais près des Célestins pour l'apéritif. Comme j'étais en avance, je m'étais déjà installé à une table et avait commandé une coupe. J'étais plus détendu que durant l'après-midi mais bientôt, une autre angoisse me saisit : je me demandais si l'attente n'avait pas enjolivé le souvenir de son physique ; même si nous ne nous étions pas rencontrés dans les conditions minima d'une boîte de nuit -euphorie du soir et lumière quasi absente- une déception était toujours possible.

Je regardais les gens passer à la terrasse. Je regardais ma montre en me disant que dans deux minutes, il serait en retard. Je regardais ma coupe. Je regardais les bulles monter. Je décidais d'en prendre une petite gorgée et c'est à cet instant qu'il franchit la porte. J'avalais tout rond mon champagne qui me picotait la gorge et descendait dans mon oesophage comme une boule de feu. Pierich était encore plus beau que dans mon souvenir. Je ne sais pas si c'était ses cheveux, ou ses lèvres, ou la façon dont il me souria quand il me vit à la table mais je me sentais cloué sur mon siège. Avec le recul, il manquait les violons, les petits oiseaux et un ange qui passait.

J'essayais de me reconcentrer et avoir l'air d'un être humain normal, ou du moins dôté de plus de 2 de Q.I. car en temps normal il m'était impossible d'être détendu lorsque j'étais en face d'une pareille bombe sexuelle : mon humour tombait à plat, je remuais toujours sur mon siège, ma conversation était affreusement banale (je me souviens que j'ai même dit un jour "t'as vu le temps, il est bizarre en ce moment", ce à quoi le mec avait répondu par un silence suivi d'un coup d'oeil derrière moi), bref j'avais l'impression d'en faire des tonnes.

Avec Pierich cependant, je fus très vite à l'aise. Il me demanda si j'attendais depuis longtemps, me dit qu'il était très heureux de me voir avec un sourire de tueur, commanda sa coupe, trinqua avec moi, me demanda des nouvelles de Frank et même d'Annabelle. Puis la conversation continua autour d'une deuxième coupe avec le même naturel, le même jeu de regards et de sourires. Pierich m'avait captivé et sa simplicité m'avait redonné confiance. Et la soirée continua au restaurant dans ce même esprit...

par LiAM publié dans : Me
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