Mercredi 16 avril 2008 3 16 /04 /Avr /2008 16:59
Tous les vendredis soirs ou presque depuis le début de l'année, Annabelle, Frank et moi-même avions l'habitude de nous rendre dans un petit bar au coeur de la presqu'île pour une routine cocktails d'happy hours, musique lounge et débriefing de la semaine.

Vendredi dernier, après deux ou trois cocktails de trop, je lançais l'idée de changer nos habitudes pour une autre atmosphère. Je commençais à m'ennuyer des mecs en costards guindés, de la musique branchée et des alcools bien dosés. Tout ça manquait de fun. A nous trois nous dépassions à peine les 75 ans et nous aurions tout le temps du monde pour les discussions de salon.
"- Ce qu'il nous faudrait, c'est un truc vraiment différent, genre aller voir un match de hockey dans un pub!
Annabelle émit son véto :
- Ecoute je t'aime beaucoup mais de la despé et du sport sur grand écran, c'est vraiment au-dessus de mes forces.
- Mouais, t'as raison, mauvaise idée. En plus le dernier pub où j'ai été les tables collaient tellement que mes bras ont subi une épilation partielle.

Frank fit remarquer que les mecs dans les bars de sports étaient sexes et je devais trouver un plan B rapidement où nous échouerions dans un pub sans Annabelle avec Frank qui détaillerait les culs de tous les hétéros. Il me vint alors une idée lumineuse :
- Je connais l'endroit parfait pour nous!"


Le vendredi suivant, nous étions dans le temple des cocktails moins chers qu'à n'importe quelle happy hour de la ville, de la musique en direct de la boîte de nuit locale et des chaussures de location : le bowling du huitième.

"- Je te préviens tout de suite, on ne fait qu'une partie, car je vais avoir du mal à porter des chaussures de clowns plus d'une demie-heure."
Frank venait d'acheter une nouvelle paire de sneakers importée d'Italie et les laisser au vestiaire parmi d'autres paires communes le mettait hors de lui. Annabelle quant à elle se réjouissait de se retrouver sur la piste et par chance, n'avait pas les ongles trop longs.
- Allez, fais pas la gueule, c'est sympa, j'étais souvent fourré au bowling quand j'étais ado.
- Je te rappelle que ton adolescence date du siècle dernier. Et ces chaussures aussi."


Après une heure d'attente arrosée de cocktails à six euros et de pintes de blondes à cinq, mon petit trio se rendait piste huit pour commencer une partie. Frank ne semblait pas particulièrement plus détendu qu'à notre arrivée et pour cause, la dernière fois qu'il avait joué au bowling remontait dix ans en arrière avec ses petits cousins qui l'avaient battu avec un écart d'une centaine de points. Frank avait été tellement humilié qu'il avait failli en vomir. L'histoire était maintenant racontée par sa tante au bout du troisième Chardonnay à tous les repas de famille.

Pour le remettre un peu confiance, Annabelle lui réexpliquait les règles de base : la distance pour son lancer, le décompte des points et la façon dont bien tenir sa boule.
- "Ton index et auriculaire doivent être de chaque côté des trous. C'est ton majeur et ton annulaire qui soutiennent le poids.
- C'est bien la première fois qu'une fille t'explique comment tenir une boule en main!"

J'attribuais cette blague à ma troisième pinte.

A notre droite piste sept, un jeune homme très charmant et qui devait écouter la conversation se retourna et me sourit. Il avait des lèvres roses parfaites, des cheveux légèrement en bataille et un tee-shirt gris à manches longues qui laissait deviner un torse bien dessiné. Trois jeunes filles l'accompagnaient.
C'était bien une première, se faire draguer dans le temple de l'hétérosexualité sous fond de techno pourrie avec une pinte à la main.

Frank se mit sur la piste, il étudia d'un oeil sa distance, puis lança la boule avec un effet involontaire qui la fit atterrir dans la rigole. Annabelle et moi l'encouragions, puis au deuxième lancé il parvint à faire tomber quatre quilles.

- Allez c'est pas mal pour une première.

Annabelle se leva, prit une boule notée sept, jaugea sa distance, prit son élan et effectua un lancé quasi parfait.
L'écran afficha "STRIKE!" et j'applaudis vivement. Je m'inclinais devant elle quand elle rassit et prit ma boule. Je dégommais la moitié des quilles et fit un spare pour mon deuxième lancé. Je me rassis et je regardais l'écran de la piste sept pour trouver le prénom du jeune homme au tee-shirt gris : il s'appelait Pierick. Ce dernier lança de façon très peu assurée sa boule qui termina dans la rigole. Il revint vers ses amies avec une mine gênée. Je trouvais son petit air désolé très mignon.

Il se rassit à côté de moi sur le fauteuil central et me dit que c'était la première fois qu'il jouait et qu'il avait été traîné par ses copines de la fac qui avait l'habitude de venir ici tous les vendredis. Je lui racontais que pour notre part, c'était plus une virée qu'une habitude. Il leva les yeux sur notre écran des scores et me demanda pourquoi nous avions pris comme pseudos Gary, Robbie et Mark. Je lui disais que c'était une private joke qui courait depuis longtemps et que l'histoire était un peu longue à raconter et il me dit :
- "Perso j'ai jamais aimé les Take That, pour l'époque je préférais les MN8.
Il était cultivé en plus d'être sexy. Bon ok, cultivé sur les boys band certes, mais c'était un début : la pop culture valait mieux que pas de culture du tout. Je répliquais avec un sourire :
- Le seul intérêt des MN8 c'était leurs caleçons blancs et le fait qu'ils étaient tout le temps torse nus! Question talent, c'était pas vraiment ça.
Il se mit à rire, puis l'air de rien, il posa la question qui transforme une rencontre de soirée en une rencontre plus qu'amicale :
- Le mec qui joue aussi bien que moi, c'est ton copain?"
Frank, qui venait de toucher seulement deux quilles, affichait un air désespéré quand il revint vers nous et lâcha :
- "Je suis pas son mec, pitié, le mien n'aurait jamais l'idée d'aller au bowling."

Je fis les présentations et Frank sortit son téléphone, regarda curieusement l'écran, s'excusa et répondit en s'éloignant. Annabelle, qui jouait du coup pour nous deux, enchaînait strike sur strike. Pierick et moi discutâmes jusqu'à la fin de la partie et échangions nos numéros de téléphone. C'était la rencontre parfaite : il était mignon, charmant et avait plus de trois mots de conversations. Notre relation avait démarré sur un très bon lancé. J'espérais qu'avec un peu d'effet, nous pourrions faire un strike.
Par LiAM - Publié dans : Me
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