Lundi 26 mai 2008 1 26 /05 /Mai /2008 17:54
Le lendemain d'un rendez-vous raté avec un mec qui vous fait tourner la tête dès qu'il vous regarde dans les yeux ressemble étrangement à une gueule de bois : on se demande si la soirée d'hier faisait partie de la réalité, des phrases sorties de leur contexte vous hantent et une furieuse envie de vomir avant le café du matin vous prend à la gorge. J'étais dans cette phase-là, totalement décontenancé par le 'bisou amical' dont Pierich m'avait gratifié avant de s'enfuir en taxi à la fin de notre rendez-vous.
Je passais la journée à ruminer toute la soirée qui m'avait semblé parfaite. Je me posais la question de savoir à quel moment un grain de sable avait pu enrayer le processus du baiser de fin de soirée. Je passais les deux prochains jours à ruminer auprès de mes amis et au travail, ne sachant même pas si j'avais envie de le revoir sous peine d'être gratifié d'un simple 'bisou amical'. De plus de son côté, ses dernières paroles avait été "à bientôt" ce qui représentait dans le Code International des Premiers Rendez-Vous, "merci, j'ai passé une bonne soirée, mais ça ne sera pas possible."

Le jeudi, Annabelle me téléphona pour me proposer un plan de sortie car elle savait que je restais chez moi, englué dans mes pensées que je tentais de réduire à du self-coaching : des concepts nets et précis pour mieux avancer dans la vie, youpi youpi. Mon cerveau n'était qu'un gigantesque réservoir à post-it mentaux : "Eviter de s'emballer ; La déception fait partie de la vie ; Ne pas se saoûler et l'appeler ; Mon Dieu c'était quand même un boulet de canon".
J'étais donc invité à une soirée qu'organisait le grand-frère d'Annabelle, Bastien, qui habitait depuis peu à Lyon dans les pentes de la Croix-Rousse. J'avoue que je n'étais pas très chaud au début, je préférais toujours rester chez moi, cloîtré dans mon appartements aux murs recouverts de post-it mentaux.
- "Allez, bouge tes fesses déprimées! Je jure sur mon sac Dior que ça va te changer les idées.". (Annabelle qui jure sur du Dior, c'est un peu comme un texan innocent qui jure sur la Bible : une démonstration implacable de la bonne foi.) Je capitulais enfin après un bon quart d'heure de gémissements quand une question stupide me vint à l'esprit :
"Au fait, à quoi ressemble ton frère?"

Chose étonnante : je n'avais jamais rencontré le frère d'Annabelle. Et elle et moi nous étions connus à l'époque du lycée, devant le distributeur automatique, autour d'une gaufre au chocolat et pourtant en sept ans je n'avais jamais vu son frère car celui-ci avait pris l'habitude de jouer les globe-trotters. Bastien partait très souvent dans des pays auxquels on ne pensait jamais faire du tourisme : il avait vécu quelques temps en Mongolie, en Nouvelle-Zélande et avait séjourné brièvement à Terre-Neuve. Il était rentré depuis un mois sur Lyon et voulait fêter son retour. Il manquait de nombreuses réunions de famille comme les fêtes de fin d'année mais il n'oubliait jamais sa soeur : pour les 20 ans d'Annabelle, elle avait reçu une carte du Vénézuela avec un bracelet tissé par "une très vieille dame aveugle" ou du moins c'est ce qu'il prétendait.

Bastien faisait une bonne tête de plus que moi et portait la ressemblance avec sa soeur dans ses yeux très sombres et une chevelure très brune. J'avais du avoir un léger temps de réaction lorsque celui-ci ouvrit la porte car Annabelle me mit un léger coup de coude mais ce n'était pas du à la similarité physique, mais plutôt sur son look : Annabelle m'avait prévenu, mais je n'avais pas pensé que la différence serait sur ce point-là. Post-it mental : "Ne pas oublier qu'Annabelle est la reine des litotes".

Bastien avait exactement le même look que pas mal de potes de lycée et que j'appelais 'la panoplie complète du fan de Ben Harper' : des cheveux épais et non coiffés/non lavés, une cigarette roulée qui pendait au coin des lèvres, des fringues larges, tendance tissu mexicain avec des tâches non identifiables sur le pantalon et des yeux semi-clos qui donnait un air mi-défoncé, mi-ravi de la crèche. Heureusement qu'il n'avait pas une calculatrice à la main avec un sigle peace & love au blanco car pour le coup je me serais cru revenir à la case lycée sans toucher les 20 000.

Nous débarquâmes dans ce que je peux décrire comme l'appartement typique du bas-des-pentes-croix-roussien à tendance hippie. Des poutres apparentes, de la tomette au sol, une cuisine carrelée marron avec meubles en pin et une mezzanine si petite qu'un réveil abrupt en pleine nuit causait forcément un hématome sur le front. Le tout innondé d'art tribal, de tentures exotiques, de cendriers pleins et de livres cornés.

Annabelle fit les présentations et s'installa sur le canapé. Je saluais tout le monde à la fois en me présentant aux autres invités qui avaient eux aussi la panoplie du fan de Ben Harper. Ils étaient tous assis par terre, pieds nus et en cercle ou sur divers poufs à motifs tribaux, autour de ce qui semblait être un buffet qui attendait désespérément une table basse sur lequel se poser dignement. Une musique à l'accordéon s'éleva sous une pile de vestes et une hippie girl se leva, enjamba tous les plats et fit tomber quelques miettes de ses pieds sur un saladier de chips pour répondre à son téléphone. Post-it mental : "Voir au-delà des clichés."
En guise de fond musical, la télé diffusait le son d'un CD qu'un lecteur DVD diffusait : ce n'était pas Ben Harper, c'était pire. C'était Manu Chao. Deuxième post-it mental : "Toujours sortir avec son Ipod"

Le début de la soirée fut long et plutôt silencieux pour ma part : après deux canettes de 1664 et un verre de rosé, j'étais complètement déconnecté de la conversation sur le boycott des Jeux Olympiques. Annabelle était plutôt à l'aise, elle parlait depuis dix minutes sur la campagne publicitaire des artistes pour le boycott avec un type à dreads. Non pas que le sujet m'ait désintéressé, mais mes post-it mentaux commençaient à n'afficher qu'un mot : "Pierich". Je me levais et demandais aux gens s'ils voulaient boire quelque chose et le frère de Bastien m'accompagna à la cuisine pour chercher d'autres bières.
- "Bon, je suis vraiment content de te voir enfin, j'avais limite des doutes sur ton existence!
- Oui, car en fait je suis le grand frère imaginaire d'Annabelle, tout ça c'est dans sa tête et nous ne sommes qu'un pur produit de son imagination... pas terrible hein?

Je me mis à sourire pour la première fois de la soirée.
- C'est drôle, j'étais loin d'imaginer..
- Ah quel point on est différents? Oui je sais, c'est un peu spé, mais on ressemble sur beaucoup plus de points que tu peux le penser.
Il me tendit une bière et j'en pris une gorgée. Il y eut un silence bizarre, comme si un post-it géant avec marqué "Pierich" était apparu au milieu de la pièce. Je m'en voulais d'être aussi focalisé sur lui, après tout je rencontrais enfin le frère d'Annabelle et je me devais de faire un effort. Bastien, qui avait du remarquer le vide total qui habitait mes yeux depuis le début de la soirée et me dit en sortant d'autres bières du frigo :
- Tu sais, Annabelle m'a beaucoup parlé de toi. Je suis content de te rencontrer et je sais aussi que tu es plus en forme d'habitude.
- Oui, je suis désolé, ça va me passer..
- Ne t'inquiètes pas pour ça, on a tous le droit d'être en bad de temps en temps, surtout quand on vient de passer à la caisse de Jardiland.
J'eus un bon temps de réaction et je me mis à rire franchement. Il me regardait en souriant et je reconnus dans son regard ce côté cynique teinté d'empathie qui faisait qu'aujourd'hui, Annabelle et moi étions de très bons amis.

Après cette conversation plutôt anodine, je me sentis plus à l'aise, en tout cas plus léger. Je pris part à la conversation sur le boycott des J.O. et sur le manque de libertés dans certains pays en Asie. Je bus de nombreuses bières, en écoutant Nirvana, K's Choice ou les Smashing Pumpkins. Je partageais un joint avec la fille à la sonnerie de téléphone accordéon tandis que Bastien nous racontait ses pires galères en Mongolie. Je crois qu'en fin de soirée, j'ai même pioché dans le saladier à chips.

Post-it mental : "Peace & love, parfois."
Par LiAM - Publié dans : Annabelle
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Commentaires

pour oublier Pierich... Bastien... !
Commentaire n°1 posté par Sylvia le 27/05/2008 à 12h29
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