Mardi 10 juin 2008 2 10 /06 /Juin /2008 18:41
Quatre vodkas et deux plats de tapas plus tard, j'avais réussi à calmer mes émotions suite à l'étrange coïncidence qui m'avait emmenée dans l'appartement de Pierich. Olivier nous avait rejoint et avait commandé une bouteille de champagne pour fêter son vernissage réussi. Je n'avais pas le coeur à faire la fête, mais la résignation de mon hystérie avait développé ce que j'appelais la soif de la mélancolie, ce qui voulait dire en langage courant : boire un maximum pour oublier.

Annabelle et Olivier flirtaient gentiment à la table sans pousser leur jeu trop loin, voyant bien mon seuil de tolérance très bas face aux roucoulades alcoolisées de deux amis hétérosexuels. Devant ma descente de champagne impressionante et face au prix de la bouteille, Olivier proposa de continuer la soirée chez lui, ce que j'acceptais volontiers car au moins, je pouvais faire ma mauvaise tête en privé.

Sur le trajet, je fumais cigarette sur cigarette, maudissant mon côté drama-king. J'avais juré de ne plus foncer tête baissée suite à un coup de coeur car cette attitude m'avait valu toute un plan de vie en couple ajourné avec mon ex. .Au moment de notre rencontre, j'avais fonctionné à l'impulsion : emménagement et fiançailles en quelques mois pour satisfaire une image parfaite d'un couple parfait. Tout ça pour m'apercevoir trop longtemps après que je portais les cornes les plus énormes de Lyon. Je ne m'autorisais plus à penser à lui, car au-delà du sentiment d'échec, j'avais fait un pacte avec moi-même pour aborder mes rencontres sous un autre angle et j'avais lamentablement échoué avec Pierich.

Nous n'étions plus qu'à quelques mètres de l'appartement d'Olivier, lorsque Annabelle s'arrêta devant la terrasse d'un restaurant et fit la bise à deux personnes. Comme je m'étais un peu mis à l'écart, je me rapprochais pour m'apercevoir qu'il s'agissait d'un de mes potes Jérôme et de son copain Thibault, que je n'avais pas vu depuis pas mal de temps. J'étais en pilote automatique et notre conversation a du sonner à peu près comme ça :
- Hey, comment va? Ca fait un bail! Quoi de neuf? Le taf? Les amours?
- Et bien le boulot se passe bien, j'ai rencontré un garçon il n'y pas longtemps mais ça n'a pas fonctionné, mais rien de grave, la routine tranquille, et vous?
- Ecoute ça tombe bien de se croiser car on allait bientôt vous appeler pour vous dire qu'on s'est pacsés aujourd'hui!
- Non, tu plaisantes? C'est génial! Ah, c'est pour ça que vous vous êtes mis sur votre 31!
- Oui car c'est le repas avec les familles... On fera quelque chose de plus sympa bientôt! On se tient au courant!

Mon cynisme aidant, dans ma tête, la conversation ressemblait plutôt à ça :
- Oh merde c'est bien notre veine, toi ici, bon toujours rien à raconter? Toujours pas d'évolution professionnelle? Toujours une vie sentimentale misérable?
- Et bien toujours rien à raconter, j'ai eu le coup de foudre pour un garçon qui n'a pas donné signe de vie après un premier rencard que je trouvais parfait et ce petit évènement insignifiant m'a rappelé comment j'avais raté mes fiançailles avec mon ex et mes petits fantasmes secrets de vie à deux idylliques qui tombent à l'eau! Bon j'en ai strictement rien à faire, mais je demande par politesse : ça va bien chez vous?
- Bon c'est un peu gênant de se croiser comme ça alors que tu n'es pas au courant, mais on s'est pacsés aujourd'hui!
- Ah c'est exactement ce qu'il me fallait, merci de me balancer ça en pleine poire aujourd'hui! Au fait, ridicule vos costumes blancs assortis!
- Oui écoute on fait les guignols pour la famille... On invitera des amis à nous plus tard, mais tu n'en fais pas partie donc on ne se tient pas au courant!


A l'appartement d'Olivier, un verre à la main, je laissais exploser ma bile :
- Non mais tu les as vu les deux là? Et surtout Jérôme, ça me fait mal au coeur qu'il m'en ait pas parlé avant, mais en fait je sais pourquoi, car il sait très bien que c'est une mauvaise idée! De toute façon je l'ai dit depuis le début que leur couple c'est une grosse mascarade!

Mon monologue de la haine dura encore cinq bonnes minutes, jusqu'à ce qu'Olivier se râcle la gorge, l'air un peu hésitant et dit, non sans peur d'une grosse volée de bois vert en retour :
- Jérôme, t'es pas sorti avec il y a longtemps?
Olivier avait mis le doigt exactement là où ça faisait mal : le centre névralgique de ma jalousie. Je me taisais, plongé dans ma vodka. Je me trouvais bien pathétique : tandis que d'autres scellaient des pactes avec leur moitié, j'avais cédé à celui que j'avais fait avec moi-même, pourtant simple à honorer et qui se résumait à ces trois mots : plus de recul.

Tout le reste de la soirée semble très flou, mais je me souviens enfin comment je me suis retrouvé de l'appartement d'Olivier, que j'ai quitté à une heure indéterminée, laissant Annabelle boire un dernier verre là bas, à cette chambre inconnue avec la grosse boule chinoise au plafond.

Je n'ai aucun souvenir du trajet, mais je me suis retrouvé dans le quartier d'Ainay très tard, planté devant l'immeuble de Pierich, à fouiller dans mon téléphone pour retrouver le digicode de la porte d'entrée. Une minute plus tard, je fouillais la corbeille à publicité, sortant un catalogue discount de Planet Saturn et notant quelque chose comme "Appelle-moi quand tu veux, L." Sur le trajet j'avais eu l'obsession de laisser un message clair et précis à Pierich pour lui montrer à quel point je tenais à lui. Un texto ou un email me semblait être la pire des choses, alors que j'aurais du réaliser que de laisser un message à même la boîte aux lettres de quelqu'un n'était pas l'idée du siècle et que je n'allais pas tarder à rentrer dans la catégorie psychopathe affectif.
Quelqu'un entra au moment où je déchiffrais les boîtes aux lettres et je pris l'air de rien, coupable de tout.
- Si tu comptes vomir sur une boîte aux lettres, choisis celle de Madame Moreau, c'est une vieille conne.

Je me retournais pour voir une jeune ado, pas plus de dix sept ans, rentrant visiblement de soirée, mais qui avait l'air beaucoup plus sobre que moi.
- Je cherche la boîte aux lettres de quelqu'un... et en fait je m'aperçois que je connais même pas son nom de famille. Tu connais un Pierich?
- Tu es encore un de ces gars qui courent après mon frère?

Rassemblant le peu de connexions mentales qui me restaient, je la reconnus après quelques secondes : c'était elle, la petite soeur sur la photo. Même sourire, même couleur de cheveux blonds cendrés. Le rouage de cette révélation a du apparaître sur mon visage d'une manière comique puisqu'elle se mit à rire aux éclats.
- Allez, monte, je te fais un café. Personne n'est là, Pierich est parti pour la semaine chez papa et maman dort chez son "nouveau copain".

L'instant d'après, je me retrouvais dans la cuisine, un café à la main, une cigarette de l'autre et des gâteaux à grignoter sur la table. J'avais l'impression d'avoir passé toute la soirée à boire et à fumer et je n'avais plus le courage de dire quoique ce soit, mais il s'est avéré que la petite soeur avait du grain à moudre.
Elle me raconta que Pierich provoquait depuis l'adolescence ce genre de réactions extrêmes avec les mecs qu'il arrivait à "hypnotiser" selon elle et qu'il s'en lassait très vite. Il aimait la séduction première, mais se désintéressait totalement de l'autre dès qu'il y avait l'éventualité d'une relation et cela rendait accro une bonne majorité de mecs. A l'aube, la petite soeur dû me trouver suffisamment attachant et saoûl pour me laisser dormir chez eux.

Malgré le martèlement sourd dans mon crâne, Je me levais péniblement, me dirigeait vers la cuisine et but un grand verre d'eau. La pendule de la cuisine annonçait neuf heures et demie passées. Je commençais à y voir plus clair. Je retrouvais au fond de ma poche mon petit mot de la veille et inscrit mon numéro de téléphone dessus et rajoutait, "merci petite soeur" et glissa le tout dans la poche de sa veste.
Je fis un nouveau pacte avec moi-même : j'allais appliquer la méthode de Pierich pour voir jusqu'où les mecs iraient si je me rendais intouchable.

Par LiAM - Publié dans : Me
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Commentaires

Liam faut que je te dise, j'adore tes histoires et j'attends la suite avec impatience. Je devrais tester moi aussi cette méthode :)
Commentaire n°1 posté par Marion le 17/06/2008 à 16h11
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Commentaire n°2 posté par lannublog.free.fr le 26/06/2008 à 13h18
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