Mardi 4 mars 2008
Très bien, plantons le décor, histoire de me présenter un peu :
Après deux années de vie commune avec un garçon à jouer au desperate househusband qui se sont soldées par un échec, je suis revenu parmi ceux que l'on considère comme bankables - ou vaches à lait c'est selon - et que beaucoup envient, à savoir les jeunes gays célibataires.
Jeune, gay et célibataire : voilà trois mots qui impliquent toute une série de clichés que mes ami(e)s m'ont bien sûr sorti sur un plateau d'argent.
"Mais c'est génial, tu peux faire tout ce que tu veux, tu peux coucher avec qui tu veux."
On peut toujours coucher avec qui on veut (mon ex a bien éprouvé cette théorie) mais pour ma part ça n'a jamais été mon fort.
"Tu devrais être avec quelqu'un, tu n'es pas moche, tu n'es pas con, un jour quelqu'un va bien s'en rendre compte."
Ah oui, reposer sa vie sur les variables, c'est vrai que c'est confortable, mais pas très stimulant.
Et pour info, merci de me rappeler que je ne suis pas dégueu et que je ne trouve personne.
"En plus c'est plus facile pour vous les gays, il suffit de sortir."
Bon, au-delà de l'inconsistance et de la légère insulte implicite de cette remarque, dois-je rappeler que les boîtes de nuit et les bars se sont vidés et que la majorité des mecs préfèrent rester derrière leur écran que de draguer?
Après, si on parle d'établissement réservé au sexe, désolé, ce n'est pas ma tasse de thé.
Après une (trop) longue période de célibat où je suis passé par tous les stades post-rupture moches : blâmer son ex, se blâmer soi, blâmer la vilaine société et ses vilains moeurs, trouver une échappatoire dans la vodka, il était temps de passer à la vitesse supérieure et tourner une page.
La nouvelle année et ses bonnes résolutions étaient un bon prétexte pour secouer tout ça.
Bon, maintenant, nous sommes début mars et pas l'ombre d'une date en vue. J'allais pourtant apprendre que ma routine de célibataire égalait peut être la routine de mes amis en couple.
Jérôme, un ami à moi, fêtait ses trois ans de relation avec Thibault quelques semaines auparavant. Un peu avant cet anniversaire à caractère plutôt joyeux, il me fit une demi-confidence autour de quelques verres qui me laissa un peu abasourdi : "Bon, avec Thibault... ça va bientôt faire trois ans, c'est dingue." Le sourire était fier, mais le regard un peu dans le vide. "En même temps, je me laisse porter tu vois, je sais pas trop... je me suis habitué à être avec Thibault je crois. Je me pose pas trop de questions, on verra bien."
J'acquiesçais en sirotant ma vodka-coca et me demandant si tout n'était finalement qu'une question d'habitude : que l'on soit en couple ou célibataire, une fois notre routine de vie établie, peut-on s'en sortir?
Le samedi suivant je me livrais à mon schéma habituel : verres à la maison et sortie tardive avec Frank et Annabelle, compagnons de célibats. Sur le chemin de notre bar favori, je leur expliquais ce que Jérome m'avait confié. Ils n'ont pas tardé à réagir vivement :
"Un mec qui dit ça au bout de trois ans de vie commune, soit il frôle la dépression, soit le sexe est tellement génial que ses orgasmes multiples l'ont mis en mode pilote automatique mari-à-vie." Frank était persuadé que les orgasmes multiples existaient pour les mecs, ce qui agaçait un peu Annabelle car elle n'en avait jamais eu. Sur le sujet, elle restait plus pragmatique : "En même temps, si son appartement est un duplex et qu'il m'emmène en week-end tous frais payés à Londres ou à Genève, je suis capable de simuler des orgasmes multiples rien que pour lui faire plaisir."
J'expliquais à Annabelle qu'entre Jérôme et Thibault il n'était pas question d'argent et que le sexe était très bien d'après ce que j'en savais, mais pas un feu d'artifices non plus. "Peut être qu'il s'est contenté de ce qu'il avait parce qu'il avait peur d'être seul - j'ai une copine à moi qui reste avec son mec parce qu'elle peut lui garder son chat de temps en temps." Je lui demandais si elle pourrait rester avec quelqu'un uniquement pour garder son animal de compagnie ce à quoi elle me répondit qu'un homme à chats la terrorisait. "Plus triste qu'une vieille fille à chat, c'est un vieux garçon à chat."
Ce soir-là, pour ne pas pallier à leurs habitudes respectives, Frank partit tôt dans la soirée pour "renouer" avec un ex tandis qu'Annabelle se faisait payer des verres par un des seuls hétéros à porte-monnaie bien fourni de la soirée. C'était un de ses grands talents, dénicher dans un bar gay le seul homme hétérosexuel qui plus est, un homme hétérosexuel qui pouvait lui offrir une coupe.
Tout au bout du comptoir je remarquais un mec à priori seul. Mes deux acolytes étant occupés, rajouter à cela cette volonté de changer mes habitudes et une quatrième vodka-coca me poussèrent à aller lui parler. Je n'avais aucune arrière pensée ce qui rendit les choses beaucoup plus faciles, la pression du râteau n'existait pas, puisque je n'envisageais rien d'autre qu'une conversation agréable au moment présent avec un joli inconnu. Après une bonne heure, j'eus un numéro de téléphone. Annabelle me fit signe qu'elle voulait rentrer, à priori son hétérosexuel à la coupe ne valait pas une goutte de plus. Je remerciais mon inconnu au numéro de téléphone et lui souhaita une bonne soirée.
Sur les quais, Annabelle était surexcitée par ce qu'elle avait vu : j'étais en train de parler à un mec que j'avais abordé! L'inverse se produisait toujours et c'était un peu la nouvelle de la soirée. Elle me demanda si j'allais l'appeler et je lui répondis qu'il était plutôt mignon, assez intéressant mais que je n'avais pas spécialement accroché. Elle me prit par le bras et me demanda ce qu'on allait faire de moi. Un vieux mec à chats peut être?
Les habitudes ne sont peut être pas faites pour être changées. Je les vois un peu comme la théorie des cordes : elles peuvent se courber, se dilater, fluctuer, mais le fondement de nos fonctionnements resteront les mêmes, sans quoi notre univers entier s'effondre. Parfois, quelques aléatoires viennent bouleverser notre monde, mais ils sont reconnaissables par leur rareté. L'inconnu du bar n'en faisait pas partie.
En rentrant, je jetais son numéro de téléphone.
Après deux années de vie commune avec un garçon à jouer au desperate househusband qui se sont soldées par un échec, je suis revenu parmi ceux que l'on considère comme bankables - ou vaches à lait c'est selon - et que beaucoup envient, à savoir les jeunes gays célibataires.
Jeune, gay et célibataire : voilà trois mots qui impliquent toute une série de clichés que mes ami(e)s m'ont bien sûr sorti sur un plateau d'argent.
"Mais c'est génial, tu peux faire tout ce que tu veux, tu peux coucher avec qui tu veux."
On peut toujours coucher avec qui on veut (mon ex a bien éprouvé cette théorie) mais pour ma part ça n'a jamais été mon fort.
"Tu devrais être avec quelqu'un, tu n'es pas moche, tu n'es pas con, un jour quelqu'un va bien s'en rendre compte."
Ah oui, reposer sa vie sur les variables, c'est vrai que c'est confortable, mais pas très stimulant.
Et pour info, merci de me rappeler que je ne suis pas dégueu et que je ne trouve personne.
"En plus c'est plus facile pour vous les gays, il suffit de sortir."
Bon, au-delà de l'inconsistance et de la légère insulte implicite de cette remarque, dois-je rappeler que les boîtes de nuit et les bars se sont vidés et que la majorité des mecs préfèrent rester derrière leur écran que de draguer?
Après, si on parle d'établissement réservé au sexe, désolé, ce n'est pas ma tasse de thé.
Après une (trop) longue période de célibat où je suis passé par tous les stades post-rupture moches : blâmer son ex, se blâmer soi, blâmer la vilaine société et ses vilains moeurs, trouver une échappatoire dans la vodka, il était temps de passer à la vitesse supérieure et tourner une page.
La nouvelle année et ses bonnes résolutions étaient un bon prétexte pour secouer tout ça.
Bon, maintenant, nous sommes début mars et pas l'ombre d'une date en vue. J'allais pourtant apprendre que ma routine de célibataire égalait peut être la routine de mes amis en couple.
Jérôme, un ami à moi, fêtait ses trois ans de relation avec Thibault quelques semaines auparavant. Un peu avant cet anniversaire à caractère plutôt joyeux, il me fit une demi-confidence autour de quelques verres qui me laissa un peu abasourdi : "Bon, avec Thibault... ça va bientôt faire trois ans, c'est dingue." Le sourire était fier, mais le regard un peu dans le vide. "En même temps, je me laisse porter tu vois, je sais pas trop... je me suis habitué à être avec Thibault je crois. Je me pose pas trop de questions, on verra bien."
J'acquiesçais en sirotant ma vodka-coca et me demandant si tout n'était finalement qu'une question d'habitude : que l'on soit en couple ou célibataire, une fois notre routine de vie établie, peut-on s'en sortir?
Le samedi suivant je me livrais à mon schéma habituel : verres à la maison et sortie tardive avec Frank et Annabelle, compagnons de célibats. Sur le chemin de notre bar favori, je leur expliquais ce que Jérome m'avait confié. Ils n'ont pas tardé à réagir vivement :
"Un mec qui dit ça au bout de trois ans de vie commune, soit il frôle la dépression, soit le sexe est tellement génial que ses orgasmes multiples l'ont mis en mode pilote automatique mari-à-vie." Frank était persuadé que les orgasmes multiples existaient pour les mecs, ce qui agaçait un peu Annabelle car elle n'en avait jamais eu. Sur le sujet, elle restait plus pragmatique : "En même temps, si son appartement est un duplex et qu'il m'emmène en week-end tous frais payés à Londres ou à Genève, je suis capable de simuler des orgasmes multiples rien que pour lui faire plaisir."
J'expliquais à Annabelle qu'entre Jérôme et Thibault il n'était pas question d'argent et que le sexe était très bien d'après ce que j'en savais, mais pas un feu d'artifices non plus. "Peut être qu'il s'est contenté de ce qu'il avait parce qu'il avait peur d'être seul - j'ai une copine à moi qui reste avec son mec parce qu'elle peut lui garder son chat de temps en temps." Je lui demandais si elle pourrait rester avec quelqu'un uniquement pour garder son animal de compagnie ce à quoi elle me répondit qu'un homme à chats la terrorisait. "Plus triste qu'une vieille fille à chat, c'est un vieux garçon à chat."
Ce soir-là, pour ne pas pallier à leurs habitudes respectives, Frank partit tôt dans la soirée pour "renouer" avec un ex tandis qu'Annabelle se faisait payer des verres par un des seuls hétéros à porte-monnaie bien fourni de la soirée. C'était un de ses grands talents, dénicher dans un bar gay le seul homme hétérosexuel qui plus est, un homme hétérosexuel qui pouvait lui offrir une coupe.
Tout au bout du comptoir je remarquais un mec à priori seul. Mes deux acolytes étant occupés, rajouter à cela cette volonté de changer mes habitudes et une quatrième vodka-coca me poussèrent à aller lui parler. Je n'avais aucune arrière pensée ce qui rendit les choses beaucoup plus faciles, la pression du râteau n'existait pas, puisque je n'envisageais rien d'autre qu'une conversation agréable au moment présent avec un joli inconnu. Après une bonne heure, j'eus un numéro de téléphone. Annabelle me fit signe qu'elle voulait rentrer, à priori son hétérosexuel à la coupe ne valait pas une goutte de plus. Je remerciais mon inconnu au numéro de téléphone et lui souhaita une bonne soirée.
Sur les quais, Annabelle était surexcitée par ce qu'elle avait vu : j'étais en train de parler à un mec que j'avais abordé! L'inverse se produisait toujours et c'était un peu la nouvelle de la soirée. Elle me demanda si j'allais l'appeler et je lui répondis qu'il était plutôt mignon, assez intéressant mais que je n'avais pas spécialement accroché. Elle me prit par le bras et me demanda ce qu'on allait faire de moi. Un vieux mec à chats peut être?
Les habitudes ne sont peut être pas faites pour être changées. Je les vois un peu comme la théorie des cordes : elles peuvent se courber, se dilater, fluctuer, mais le fondement de nos fonctionnements resteront les mêmes, sans quoi notre univers entier s'effondre. Parfois, quelques aléatoires viennent bouleverser notre monde, mais ils sont reconnaissables par leur rareté. L'inconnu du bar n'en faisait pas partie.
En rentrant, je jetais son numéro de téléphone.


