Lundi 26 mai 2008
Le lendemain d'un rendez-vous raté avec un mec qui vous fait tourner la tête dès qu'il vous regarde dans les yeux ressemble étrangement à une gueule de bois : on se demande si la soirée d'hier faisait partie de la réalité, des phrases sorties de leur contexte vous hantent et une furieuse envie de vomir avant le café du matin vous prend à la gorge. J'étais dans cette phase-là, totalement décontenancé par le 'bisou amical' dont Pierich m'avait gratifié avant de s'enfuir en taxi à la fin de notre rendez-vous.
Je passais la journée à ruminer toute la soirée qui m'avait semblé parfaite. Je me posais la question de savoir à quel moment un grain de sable avait pu enrayer le processus du baiser de fin de soirée. Je passais les deux prochains jours à ruminer auprès de mes amis et au travail, ne sachant même pas si j'avais envie de le revoir sous peine d'être gratifié d'un simple 'bisou amical'. De plus de son côté, ses dernières paroles avait été "à bientôt" ce qui représentait dans le Code International des Premiers Rendez-Vous, "merci, j'ai passé une bonne soirée, mais ça ne sera pas possible."

Le jeudi, Annabelle me téléphona pour me proposer un plan de sortie car elle savait que je restais chez moi, englué dans mes pensées que je tentais de réduire à du self-coaching : des concepts nets et précis pour mieux avancer dans la vie, youpi youpi. Mon cerveau n'était qu'un gigantesque réservoir à post-it mentaux : "Eviter de s'emballer ; La déception fait partie de la vie ; Ne pas se saoûler et l'appeler ; Mon Dieu c'était quand même un boulet de canon".
J'étais donc invité à une soirée qu'organisait le grand-frère d'Annabelle, Bastien, qui habitait depuis peu à Lyon dans les pentes de la Croix-Rousse. J'avoue que je n'étais pas très chaud au début, je préférais toujours rester chez moi, cloîtré dans mon appartements aux murs recouverts de post-it mentaux.
- "Allez, bouge tes fesses déprimées! Je jure sur mon sac Dior que ça va te changer les idées.". (Annabelle qui jure sur du Dior, c'est un peu comme un texan innocent qui jure sur la Bible : une démonstration implacable de la bonne foi.) Je capitulais enfin après un bon quart d'heure de gémissements quand une question stupide me vint à l'esprit :
"Au fait, à quoi ressemble ton frère?"

Chose étonnante : je n'avais jamais rencontré le frère d'Annabelle. Et elle et moi nous étions connus à l'époque du lycée, devant le distributeur automatique, autour d'une gaufre au chocolat et pourtant en sept ans je n'avais jamais vu son frère car celui-ci avait pris l'habitude de jouer les globe-trotters. Bastien partait très souvent dans des pays auxquels on ne pensait jamais faire du tourisme : il avait vécu quelques temps en Mongolie, en Nouvelle-Zélande et avait séjourné brièvement à Terre-Neuve. Il était rentré depuis un mois sur Lyon et voulait fêter son retour. Il manquait de nombreuses réunions de famille comme les fêtes de fin d'année mais il n'oubliait jamais sa soeur : pour les 20 ans d'Annabelle, elle avait reçu une carte du Vénézuela avec un bracelet tissé par "une très vieille dame aveugle" ou du moins c'est ce qu'il prétendait.

Bastien faisait une bonne tête de plus que moi et portait la ressemblance avec sa soeur dans ses yeux très sombres et une chevelure très brune. J'avais du avoir un léger temps de réaction lorsque celui-ci ouvrit la porte car Annabelle me mit un léger coup de coude mais ce n'était pas du à la similarité physique, mais plutôt sur son look : Annabelle m'avait prévenu, mais je n'avais pas pensé que la différence serait sur ce point-là. Post-it mental : "Ne pas oublier qu'Annabelle est la reine des litotes".

Bastien avait exactement le même look que pas mal de potes de lycée et que j'appelais 'la panoplie complète du fan de Ben Harper' : des cheveux épais et non coiffés/non lavés, une cigarette roulée qui pendait au coin des lèvres, des fringues larges, tendance tissu mexicain avec des tâches non identifiables sur le pantalon et des yeux semi-clos qui donnait un air mi-défoncé, mi-ravi de la crèche. Heureusement qu'il n'avait pas une calculatrice à la main avec un sigle peace & love au blanco car pour le coup je me serais cru revenir à la case lycée sans toucher les 20 000.

Nous débarquâmes dans ce que je peux décrire comme l'appartement typique du bas-des-pentes-croix-roussien à tendance hippie. Des poutres apparentes, de la tomette au sol, une cuisine carrelée marron avec meubles en pin et une mezzanine si petite qu'un réveil abrupt en pleine nuit causait forcément un hématome sur le front. Le tout innondé d'art tribal, de tentures exotiques, de cendriers pleins et de livres cornés.

Annabelle fit les présentations et s'installa sur le canapé. Je saluais tout le monde à la fois en me présentant aux autres invités qui avaient eux aussi la panoplie du fan de Ben Harper. Ils étaient tous assis par terre, pieds nus et en cercle ou sur divers poufs à motifs tribaux, autour de ce qui semblait être un buffet qui attendait désespérément une table basse sur lequel se poser dignement. Une musique à l'accordéon s'éleva sous une pile de vestes et une hippie girl se leva, enjamba tous les plats et fit tomber quelques miettes de ses pieds sur un saladier de chips pour répondre à son téléphone. Post-it mental : "Voir au-delà des clichés."
En guise de fond musical, la télé diffusait le son d'un CD qu'un lecteur DVD diffusait : ce n'était pas Ben Harper, c'était pire. C'était Manu Chao. Deuxième post-it mental : "Toujours sortir avec son Ipod"

Le début de la soirée fut long et plutôt silencieux pour ma part : après deux canettes de 1664 et un verre de rosé, j'étais complètement déconnecté de la conversation sur le boycott des Jeux Olympiques. Annabelle était plutôt à l'aise, elle parlait depuis dix minutes sur la campagne publicitaire des artistes pour le boycott avec un type à dreads. Non pas que le sujet m'ait désintéressé, mais mes post-it mentaux commençaient à n'afficher qu'un mot : "Pierich". Je me levais et demandais aux gens s'ils voulaient boire quelque chose et le frère de Bastien m'accompagna à la cuisine pour chercher d'autres bières.
- "Bon, je suis vraiment content de te voir enfin, j'avais limite des doutes sur ton existence!
- Oui, car en fait je suis le grand frère imaginaire d'Annabelle, tout ça c'est dans sa tête et nous ne sommes qu'un pur produit de son imagination... pas terrible hein?

Je me mis à sourire pour la première fois de la soirée.
- C'est drôle, j'étais loin d'imaginer..
- Ah quel point on est différents? Oui je sais, c'est un peu spé, mais on ressemble sur beaucoup plus de points que tu peux le penser.
Il me tendit une bière et j'en pris une gorgée. Il y eut un silence bizarre, comme si un post-it géant avec marqué "Pierich" était apparu au milieu de la pièce. Je m'en voulais d'être aussi focalisé sur lui, après tout je rencontrais enfin le frère d'Annabelle et je me devais de faire un effort. Bastien, qui avait du remarquer le vide total qui habitait mes yeux depuis le début de la soirée et me dit en sortant d'autres bières du frigo :
- Tu sais, Annabelle m'a beaucoup parlé de toi. Je suis content de te rencontrer et je sais aussi que tu es plus en forme d'habitude.
- Oui, je suis désolé, ça va me passer..
- Ne t'inquiètes pas pour ça, on a tous le droit d'être en bad de temps en temps, surtout quand on vient de passer à la caisse de Jardiland.
J'eus un bon temps de réaction et je me mis à rire franchement. Il me regardait en souriant et je reconnus dans son regard ce côté cynique teinté d'empathie qui faisait qu'aujourd'hui, Annabelle et moi étions de très bons amis.

Après cette conversation plutôt anodine, je me sentis plus à l'aise, en tout cas plus léger. Je pris part à la conversation sur le boycott des J.O. et sur le manque de libertés dans certains pays en Asie. Je bus de nombreuses bières, en écoutant Nirvana, K's Choice ou les Smashing Pumpkins. Je partageais un joint avec la fille à la sonnerie de téléphone accordéon tandis que Bastien nous racontait ses pires galères en Mongolie. Je crois qu'en fin de soirée, j'ai même pioché dans le saladier à chips.

Post-it mental : "Peace & love, parfois."
par LiAM publié dans : Annabelle
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Samedi 5 avril 2008
La semaine dernière je me suis frotté à un exercice aussi réjouissant que pénible : la réunion d'anciens élèves de mon lycée. Je recevais tous les ans une lettre rédigée par mes anciens délégués de classe avec l'accroche un brin communiste suivante "Retrouvez vos anciens camarades!" en typo Comic sans MS, ce qui rajoutait un caractère d'autant plus cheap à l'invitation. Mais cette année Annabelle et moi qui avions partagé la même classe de terminale littéraire, décidâmes de prendre des nouvelles de nos anciens camarades. Pas vraiment en souvenir du bon vieux temps, mais plutôt par curiosité légitime qui découlait à l'envie d'une virée hors de Lyon.

Sur le trajet de notre ancien bahut, nous imaginions déjà ce qui pouvait nous attendre : les murs plus petits, la prise de poids des trois Barbies (nos teenages poufs favorites), les métiers ou orientations farfelues de chacun et surtout ce qu'était devenu Benjamin, le beau gosse de notre classe.

A ce stade de l'histoire je me dois de faire un spoiler alert ; un paramètre important pour la suite et que je ne savais pas avant cette soirée : Annabelle était à l'époque maquée jusqu'aux dents avec un choupidou d'amour prénommé Victor dont elle espérait pouvoir un jour être la Victorette - alors qu'en réalité la belle en pinçait pour Benjamin, mais admettre ces sentiments était se condamner à être comme les trois Barbies : glousser à chacun de ses passages dans les couloirs ou écrire son nom au blanco sur son agenda, et ça, c'était plus qu'inacceptable.


La soirée était organisée au réfectoire de l'établissement et on ne pouvait pas faire plus cheap. Le buffet n'était même pas composé du pack minimal de réception, le "tartes salées gâteaux apéro" mais des restes de midi : crudités en vrac (chou-fleur en masse), gratins réchauffés dont la sauce coule de l'assiette en carton et yaourts plus que douteux. Lorsque je me demandais à Daniela mon ancienne déléguée si on pouvait se ratrapper sur les boissons, elle me dit qu'elle avait ramené de la bière et de la limonade maison pour pouvoir faire "des supers panachés trop bons."

Nous étions définitivement revenu au lycée.

Pendant l'heure suivante, je perdis de vue Annabelle et je conversais sur les cursus universitaires et autres boulots un peu foireux avec des gens dont je ne me souvenais même plus le nom de famille, le tout entrecoupé de quelques panachés. Je sortis fumer une cigarette roulée donnée par Yoan, le parfait hippie qui n'avait pas changé d'un poil (il avait même une bonne longueur de cheveux en plus) et je me retrouvais coincé face à face avec une des trois Barbies.

Ophélie (ça ne s'invente pas) était le symbole même de la teenage pouf à l'esprit vide mais au soutien-gorge bien rempli et lorsqu'elle me vit elle me gratifia d'un "Oh ça fait trop longteeeeemps" avec en bonus un claquage de bises sonore. Je lui rendis mon plus beau sourire Colgate en me demandant ce que j'allais bien pouvoir lui dire, questionnement qui fut vain puisqu'elle se lança dans un long monologue. Après son BAC en poche elle se décida à faire une prépa pour Sciences Po malgré son QI de bulot : elle échoua lamentablement et partit un an à Barcelone pour une année sabbatique. La conversation prit un ton plus intéressant quand elle fit mention de Benjamin.

- "Ah oui et puis j'ai vécu une géniale histoire d'amour avec Benji il y a deux ans.
- Benji? Le Benjamin de notre classe?
- Ouais, c'était comme dans les films, j'étais serveuse à Barcelone et il venait me voir dès qu'il avait une escale. C'était géniaaaal."

Ophélie avait tendance à enjoliver les choses - il était possible qu'ils se soient vus une dizaine de fois, mais de là à parler d'une histoire d'amour, j'en doutais. Ce qui était certain c'était que Benjamin avait choisi un métier qui lui correspondait parfaitement. Je me souvenais de lui comme un play-boy : il avait du emballer plus de la moitié des filles de notre section, mais toujours avec une certaine classe, les ruptures se déroulaient en douceur et aucune de ses conquêtes ne l'avaient traité de salaud - ce qui était déjà une marque d'un service à la personne attentionné. Ophélie gardait de très bons contacts avec Benjamin car ils étaient tous les deux célibataires et plutôt heureux de l'être. L'engagement n'était clairement pas à l'ordre du jour.

Après une autre heure à résumer les sept dernières années qui me séparait du lycée à ce qu'il fallait décrire comme des inconnus, je me décidais à rentrer. Je rejoignais la voiture et m'aperçus qu'Annabelle était déjà sur le parking et qu'elle discutait avec Benjamin. La conversation ne semblait pas intime et je m'approchais d'eux en le saluant. Nous échangeâmes des politesses et il partit, tout en disant avec un sourire de tombeur à Annabelle "je t'appelle".


Nous montions dans la voiture. Annabelle affichait un sourire satisfait et des yeux brillants. Elle était encore sous le charme. Je lui demandais de quoi ils avaient parlé avec Benjamin et elle m'avoua qu'à l'époque du lycée, elle était follement amoureuse de lui et qu'elle l'avait recroisé à Berlin il y a trois ans et qu'il avait promis de la rappeler pour aller boire un verre (ce qu'il n'avait pas fait) et que c'était pour lui que nous étions à cette soirée d'anciens élèves. Elle me dit qu'ils devaient se revoir le lendemain sur Lyon pour dîner.

- "J'arrive pas à croire que je vais enfin avoir un rencard avec Benjamin! Je suis trop contente! En plus il est toujours aussi mignon, t'as vu ça?
- Oui oui...
- J'espère que ça va bien se passer demain, il m'a dit qu'il m'emmènerait dans son restau préféré, un coréen qui fait barbecue.
- Ah, c'est sympa...
- Dis donc toi t'es pas très causant ce soir, c'est le panaché qui te fait mal au ventre?"

Je savais très bien qu'Annabelle attendrait plus qu'une simple escale coréenne avec Benjamin et j'étais obligé de lui dire qu'il ne voulait rien de sérieux, mais ça faisait très longtemps que je ne l'avais pas vu aussi emballée par un rencard et après tout peut être qu'une nuit lui convenait Je lui posais donc la question suivante :
- "Benjamin t'a dit ce qu'il faisait dans la vie?
- Euh, non pas vraiment il m'a dit qu'il avait pas mal de déplacements à l'étranger, je sais pas trop, on a beaucoup parlé de moi en fait, il me posait plein de questions, c'était un petit ange."

Crash.
Je me refusais à révéler qu'une des Barbies avait fricoté avec Benjamin, mais j'étais obligé de dire la vérité. Le playboy était peut être très beau aujourd'hui, mais il avait plus de charme au lycée.

Je démarrais la voiture.
- "Bon, je vais te dire un truc pas très drôle. Pour commencer, attache ta ceinture."
par LiAM publié dans : Annabelle
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Mardi 11 mars 2008
Hier, je recevais un SMS de Annabelle.
Celui-ci disait : "Gros pépin. Apporte le kit de survie. Chez moi, 20h."

Depuis que l'on se connaissait Annabelle et moi, nous avions établi un kit de survie à utiliser en cas de détresse amoureuse sévère. Il se composait d'une bouteille de Get 31, d'un pot de Dulce de Leche de Häagen-Dazs et la dernière copie de Vogue Italie. Le tout ne s'utilisant pas nécessairement dans cet ordre.

Je débarquais chez elle et constatait le désastre : une cinquantaine de Vogue Italie étaient éparpillés sur le sol avec des post-it marquant ses shootings favoris. Une bouteille de vin rouge était déjà bien entamée et Annabelle dansait les yeux fermés en écoutant à un volume sonore plus qu'incorrect She works hard for the money de Donna Summer.

She works hard for the money
So hard for it honey
She works hard for the money
So you better treat her right

Je baissais la musique. Annabelle ouvrit les yeux : elle avait du mascara étalé autour. Je lui montrais le kit de survie en souriant et nous nous installâmes sur le canapé, en poussant deux ou trois Vogue. Je nous servis deux verres de Get 31, trinquâmes et je la laissais commencer son récit :
"- Ca a commencé hier après-midi, je rentrais chez moi après avoir passé la nuit chez le type du bar de l'autre jour qui m'avait rappelé. Je me suis assise sur mon canapé, j'ai allumé la télé et je suis tombé sur Vidéo Gag et là ils ont diffusé l'extrait avec tous les animaux. Je déteste cette émission, les rires enregistrés, les voix off pas drôles et le mec qui présente avec son air benêt.
- Celui qui vient de la météo?
- Ouais, enfin tu vois le tableau, le dimanche aprèm qui fait mal. A un moment ils ont diffusé un extrait d'une minute avec un chat qui n'arrivait pas à sortir d'une baignoire remplie à ras bord. Le pauvre, il était tout mouillé, on aurait dit un rat et il n'arrrêtait pas de glisser en accrochant ses pattes sur le bord. Je ne sais pas ce qui m'a pris mais ça m'a foutu la mort. J'étais en colère, je me demandais comment ils pouvaient mettre ça dans Vidéo Gag. Je te jure, les rires, la voix off merdique qui disait "Ah, chat ch'est pas fachile! Faut ch'accrocher! Quelle vie de chat!" avec le chaton qui tombait et retombait... et après c'était la fontaine.
- Quoi, le chat dans une fontaine?
- Non, moi! J'ai chialé comme un bébé pendant dix minutes.
"

Je regardais Annabelle droit dans les yeux et vit qu'elle était sérieuse, l'affaire du chat dans la baignoire l'avait vraiment secoué, ce qui est plutôt drôle quand on pense qu'elle militerait presque pour le retour de la fourrure véritable.

Je descendis d'un trait mon verre de Get 31 et lui demanda ce qui s'était clairement passé avec le type du bar et elle me répondit qu'ils avaient passé une soirée tout ce qu'il y a de plus classique : restaurant, boîte branchée et rentrés tôt pour petite partie de jambes en l'air.

"- Alors je ne comprends pas, tu es rentrée chez toi, tranquille, après avoir passé une très bonne soirée, tu te poses devant la télé et tu chiales à la vue d'un chat? Dans une baignoire?
- Et ben tu vois c'est exactement ça le problème : je suis rentrée chez moi toute seule, je me suis posée devant la télé toute seule en regardant une émission de merde toute seule.
"

On y était. Le fameux virus de la solitude insupportable avait gagné Annabelle. Tout ça pour un foutu chat.
"Je sais ce que tu penses, j'ai complètement perdu la foi. Je devrais me dire que je suis jeune, belle, que tout est possible, que je vais rencontrer un mec bien... Mais le truc c'est que je n'y crois plus au mec bien. Je crois à peine au mec lambda et encore, si tu as de la chance. Tu vois dans mes plans de vie, j'aurais du me marier il y a deux ans et avoir rencontré le mec parfait il y a trois ans (c'est raisonnable pour planifier un mariage). Je devrais avoir un super boulot, un super appart et j'ai que dalle. Niet. J'enchaîne des mecs insipides comme si j'enfilais des perles.
- Mieux vaut enfiler des perles que des boules de Geïsha!
"

Fou rire et quelques Get 31 plus tard, je comprenais le fondement de sa déprime féline. Après tout la vue de mon ex samedi dernier avec ce qui semblait être son nouveau mec m'avait brisé le coeur. Je n'avais rien dit à personne, car j'avais peur d'avouer que mon ex que je n'avais pas vu depuis des mois m'avait fait du mal, de nuit et à trente mètres de distance. C'était encore lui donner trop de crédit à ce salaud.


Après avoir fini notre bouteille, je lui dis qu'elle s'en sortait bien, pour quelqu'un qui pleure devant un chat dans une baignoire. Que c'était incongru, mais pas désespéré. Que bien des filles se contenteraient d'avoir déjà un mari en se mentant d'avoir rencontré l'homme parfait et que cette force de caractère paierait un jour, lorsqu'elle croiserait quelqu'un qui saurait la reconnaître pour ce qu'elle est.

Je remis la chanson "She works hard for the money" sur la chaîne en poussant le volume à fond et je l'invitais à danser façon gentleman. Elle me sourit, prit la main et nous nous sommes mis à chanter à tue-tête jusqu'à la dernière note

"She works hard for the money so you better treat her riiiiiiiiiiiiiiiiight."
par LiAM publié dans : Annabelle
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